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Le Complot

Publié le par Ardalia

En 1905 est publié en Russie le Protocole des Sages de Sion. Ce faux document fait état d'une conspiration imaginaire des juifs contre le pouvoir russe en place, le starisme. Ainsi, c'est d'un véritable complot : manipuler le Tsar en lui faisant croire que les juifs étaient à l'origine des révoltes bolchéviques et briguaient directement son pouvoir, qu'est partie la légende de ce complot fictif.
Or, on a pu prouver rapidement (1920) que le libelle est un faux grossier, plagiant sans vergogne et parfois mot pour mot un pamphlet français écrit par Maurice Joly en 1864. Dialogues aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, sous convert de philosophie politique abstraite, a permis à l'auteur de dénoncer ce qu'il pensait de Napoléon III, de ses manœuvres pour s'infiltrer dans les moindres anfractuosités du pouvoir : une manipulation ehontée. L'idée de complot selon Joly était-elle imaginaire? Je l'ignore, mais, curieuse, je me suis rendue sur la page Wiki qui en donne quelques extraits et articulations. Là, j'avoue que je suis restée un peu interdite, je n'en dit pas plus vous jugerez par vous-même.
Le copié-collé vient de cette page wiki. Ce qui suis sont (entrecoupé des transitions de Wiki) les propos de Machiavel, le fameux auteur du Prince que Joly fait argumenter pour prouver à Montesquieu qu' il a de bien meiileurs moyen de conserver le pouvoir :

"

Cette manipulation commence par un contrôle des publications, puis par une organisation des journaux afin de donner l'impression de liberté de la presse. Le bruit causé par le flots d'informations permet alors de dissimuler le fait que l'essentiel n'est jamais mis en cause, et que seules des anecdotes insignifiantes font la une :

« [...] Je diviserai en trois ou quatre catégories les feuilles dévouées à mon pouvoir. [...] on verra des feuilles, dévouées à mon gouvernement, qui m'attaqueront, qui crieront, qui me susciteront une foule de tracas. [...] remarquez bien que jamais les bases ni les principes de mon gouvernement ne seront attaqués par les journaux dont je vous parle ; ils ne feront jamais qu'une polémique d'escarmouche, qu'une opposition dynastique dans les limites les plus étroites. »

L'étape suivante est de se mettre en scène. Et le premier point consiste à étourdir l'opinion publique, par des annonces faites à l'improviste, sans hésiter à dire une chose et son contraire ; cela permet de discréditer ses adversaires et de diriger les émotions des masses :

« [...] A l'aide du dévouement occulte de ces feuilles publiques, je puis dire que je dirige à mon gré l'opinion dans toutes les questions de politique intérieure ou extérieure. J'excite ou j'endors les esprits, je les rassure ou je les déconcerte, je plaide le pour et le contre, le vrai et le faux. Je fais annoncer un fait et je le fais démentir suivant les circonstances ; je sonde ainsi la pensée publique, je recueille l'impression produite, j'essaie des combinaisons, des projets, des déterminations soudaines, enfin ce que vous appelez, en France, des ballons d'essai. Je combats à mon gré mes ennemis sans jamais compromettre mon pouvoir, car, après avoir fait parler ces feuilles, je puis leur infliger, au besoin, les désaveux les plus énergiques ; je sollicite l'opinion à de certaines résolutions, je la pousse ou je la retiens, j'ai toujours le doigt sur ses pulsations, elle reflète, sans le savoir, mes impressions personnelles, et elle s'émerveille parfois d'être si constamment d'accord avec son souverain. On dit alors que j'ai la fibre populaire, qu'il y a une sympathie secrète et mystérieuse qui m'unit aux mouvements de mon peuple. »

Pour cela, il faut imposer aux journaux un droit de relecture, ce qui passera pour une censure honnête, et déjouera les accusation de complot et d'hypocrisie :

« [...] J'obligerai les journaux à accueillir en tête de leurs colonnes les rectifications que le gouvernement leur communiquera ; les agents de l'administration leur feront passer des notes dans lesquelles on leur dira catégoriquement : Vous avez avancé tel fait, il n'est pas exact ; vous vous êtes permis telle critique, vous avez été injuste, vous avez été inconvenant, vous avez eu tort, tenez-vous-le pour dit. Ce sera, comme vous le voyez, une censure loyale et à ciel ouvert. [...] et tandis qu'on se disputera, qu'on donnera les interprétations les plus diverses à mes actes, mon gouvernement pourra toujours répondre à tous et à chacun : Vous vous trompez sur mes intentions, vous avez mal lu mes déclarations ; je n'ai jamais voulu dire que ceci ou que cela. »

Le bruit occasionné par l'agitation du gouvernement donnera l'impression du mouvement et du progrès. C'est encore grâce à la presse que le spectacle de cette immobilité spectaculaire permet de tromper le peuple :

« [...] les masses consentent à être inactives, mais à une condition, c'est que ceux qui les gouvernent leur donnent le spectacle d'une activité incessante, d'une sorte de fièvre ; qu'ils attirent constamment leurs yeux par des nouveautés, par des surprises, par des coups de théâtre ; cela est bizarre peut-être, mais, encore une fois, cela est. [...] en conséquence, je ferais, en matière de commerce, d'industrie, d'arts et même d'administration, étudier toutes sortes de projets, de plans, de combinaisons, de changements, de remaniements, d'améliorations dont le retentissement dans la presse couvrirait la voix des publicistes les plus nombreux et les plus féconds. »

Le président lui-même doit se mettre en scène et personnaliser le pouvoir, en parlant de ses croyances et en s'identifiant à la nation :

« [...] Les peuples n'aiment pas les gouvernements athées, dans mes communications avec le public, je ne manquerais jamais de mettre mes actes sous l'invocation de la Divinité, en associant, avec adresse, ma propre étoile à celle du pays. »

Le président doit paraître jeune, dynamique, faire semblant de faire bouger les choses, ce qui lui permet de se légitimer contre des institutions qui ne seront plus jugées selon leur utilité et le droit, mais selon la valeur, positive en démocratie, de jeunesse. L'hagiographie médiatique permet de disposer des institutions à son gré sans que cela apparaisse sous le jour plus véritable d'un coup de force :

« [...] Mes principes, mes idées, mes actes seraient représentés avec l'auréole de la jeunesse, avec le prestige du droit nouveau en opposition avec la décrépitude et la caducité des anciennes institutions. »

 

 

 

Etonnant,non ?

Commenter cet article

Umanimo 26/03/2009 08:44

  J'en reste sans voix. Tu crois qu'il a lu ça le petit teigneux ou ça lui est venu naturellement?UMA

Ardalia 26/03/2009 09:13



Uma, je ne serais pas surprise qu'il l'ait lu (livre au programme de cours ou prété par son entourage) –car c'est une œuvre politique connue– et que ça lui ait beaucoup, mais alors beaucoup plus
plu que la Princesse de Clèves... Mais avant de supposer, il faudrait quand même relire le Prince où peut-être que tout ceci  se trouve, autrement rédigé (j'ai complètement
oublié). Et puis, il faut lire le livre en question, là, ce sont des extraits empilés, ça fait un peu recette de cuisine démoniaque, c'est très percutant mais cette compilation fait peut-être
effet de loupe.
Restons prudents mais restons troublés.
;)



Djac Baweur 25/03/2009 22:19

Ha ? Je vois pas...

Ardalia 25/03/2009 22:33


Demande à Brendie :p


brendufat 25/03/2009 22:17

Troublant en effet, troublant...