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Cum pathos

Publié le par Ardalia

« Tout ce que vous écrivez est juste et essentiel pour expliquer l'extrait. Mais il faut absolument parvenir à développer quelques analyses de détail, pour que la finesse s'ajoute à la rigueur. » Il y avait quelque chose qui passait avec cette professeur de grammaire, quelque chose entre la rigueur et l'abandon. On voit ici qu'elle m'avait bien cernée, Sans doute qu'à son contact je me serais dégrossi l'esprit, pour lui plaire et par ambition. Mais elle ne s'est pas montrée fine pour être blessante avec une de mes camarades étudiante. La finesse n'est pas toujours celle du cœur. Et je sais que cette méchanceté tenait surtout de l'envie... Que les gens sont fragiles !

J'ai souvent été embarrassée par ma compassion, car j'avais peur qu'elle n'apparaisse un peu comme je la voyais : une forme de condescendance. Mais ce n'est pas elle qui est condescendante, c'est le désir protecteur qui la suit parfois qui l'est. On se sent emporté par le désir de sauver l'autre, croit-on, on se sent sur la rive et l'on veut tirer l'autre de la noyade, croit-on... En vérité, on a peur de la détresse et on veut la faire disparaître, car elle renvoie à la sienne propre. Mais la compassion n'essaie pas de sauver, elle prend l'autre comme il est, tout mouillé de sa détresse, tout puant des méchancetés qui l'encrassent. 

Quand je suis allée voir cette professeur pour lui demander si ses propos très directs (euphémisme non sans finesse) relevaient de la méthode pédagogique, elle a protesté et a commencé à "se justifier", croyais-je. « L'enseignement, c'est toute ma vie ». Alors je l'ai fuie, embarrassée d'être placée dans une situation trop éminente par rapport à un prof, croyais-je. En réalité, la juste compassion dont elle avait besoin m'a confrontée à mon propre besoin et je n'ai pas eu le courage de lui en donner... 

Ce que tu donnes est à toi pour toujours, ce que tu gardes est perdu à jamais. Je crois que c'est ce que voulait dire Jésus en conseillant de pardonner sept fois soixante dix-sept fois, c'est-à-dire de pardonner toujours. La compassion que nous ne donnons pas est perdue, y compris pour nous mêmes. Aime ton prochain comme toi-même. Notre rancune nous blesse nous-mêmes avant tout.

A force de ressentir de la compassion (c'est plus fort que moi) et de prendre confiance, je n'ai plus eu peur de la laisser m'envahir, elle me fait du bien à moi aussi. Moi aussi, je suis fragile. 

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brendufat 22/04/2012 11:22


Beau billet, le commenter est malaisé.


Une observation en marge : si je ne me trompe pas, compassion et empathie sont, étymologiquement, synonymes - or l'une est mieux vue que l'autre. Va comprendre...


Bon dimanche :-)

Ardalia 22/04/2012 18:58



Oui, empathie, mot véhiculé par la psychologie est moins chargé en histoire et en ressentiment que compassion qui vient du vocabulaire religieux. Moi qui suis catholique et qui ai beaucoup lu de
livres bouddhiques, le mot ne me rebute en rien, je n'y vois que du positif.


Tu sais, je pensais, en écrivant à Épictète qui dit qu'il faut pleurer avec son ami veuf, mais ne pas s'affliger de ce qui arrive (Ce qui dépend de nous). Voilà une expression profonde de
compassion...


Des amis, des sourires, c'est un excellent dimanche. Merci de ta visite, de tous tes commentaires qui dégagent de si bonnes ondes. :)