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Petite manipulation sur la notion du temps

Publié le par Ardalia

Notre notion du temps est plastique, un rien la modifie. Tout un chacun peut le constater asser jeune : le temps passé à jouer est court, quand le temps passé à étudier paraît si long... Contrairement à beaucoup de choses que nous perdons en grandissant, cette plasticité du ressenti perdure et nous joue des tours très longtemps.

Par exemple, dans un embouteillage, ou en faisant la file à la caisse du magasin, il est assez aisé de se persuader que la file d'à-coté avance plus vite. Or, les études qui sont faites sur ce sujet montrent toutes que nous nous leurrons. C'est notre perception du temps qui nous joue des tours. A la caisse, nous somme trompés par le nombre de clients, quand c'est le nombre d'articles qui est pertinent... Prenons la voiture. Nous sommes inactifs, le temps paraît long et trois voitures nous doublent. Nous avons l'impression d'un abus inique de vélocité et rageons, frustrés, sur notre siège. D'un coup, la voiture devant démarre et nous avançons enfin ! Sans nous en rendre compte, nous doublons trois voitures. Mais il y a une grosse différence entre trois voitures qui nous doublent et nous qui doublons trois voitures : c'est le temps écoulé. Regarder passer trois voitures, qui sont espacées, prend 26 secondes. Doubler trois voitures prend 6 secondes. Ainsi, notre esprit fait ce calcul inconscient qui nous frustre : nous passons beaucoup plus de temps à être doublés qu'à doubler ! Pour autant, nous n'avançons pas moins vite, malgré notre impression. 

A la Fnuck de Toulouse, il y a quelque chose comme une douzaines de caisses. Avant, comme partout ailleurs, il y avait une file par caisse et, bien sûr, la file d'à-coté avançait plus vite... Mais depuis quelques mois, peut-être l'autonme dernier, il n'y a plus que deux files pour toutes les caisses, qui distribuent les deux moitiés que forment désormais les caisses. Une file pour les caisses 1 à 6, une autre pour les caisses 7 à 12. Rien ne m'aurait tiré l'oreille sans un panneau disant que ce système de queue unique faisait qu'on passait en caisse plus rapidement. J'ai immédiatement relevé la manipulation, car c'en est une. En vérité, il n'y a pas plus de caisses, pas plus de caissières à la fois, elles (les hommes y sont rares) ne travaillent pas plus vite. Et au contraire, la file est beaucoup plus longue qu'elle n'était ! Les deux files sont guidées par des plots et des rubans qui forment un zig-zag et permettent de contenir tout ce petit monde bien sagement dans les clous. En vérité, on ne passe pas du tout plus vite à la caisse, ni d'ailleurs plus lentement. Simplement, comme la file se distribue sur plusieurs caisse, elle avance beaucoup plus vite, on n'a pas le temps de s'ennuyer, il faut toujours, toutes les quelques secondes, avancer d'un pas, ce pas délicieux qui nous rapproche de la délivrance. Cette file ne raccourcit rien que notre ennui, tout simplement. 

C'est un bon calcul pour ce qui concerne la satisfaction du client qui n'a pas à se désespérer de ces horribles clients gros acheteurs, maladroits, bavards : la caisse d'à-coté se libère ! Par contre, je ne suis pas sûre que ce soit un bon calcul pour toutes ces bébeilles irrésistibles qui sont mises sous le nez des clients, lequels ont moins de temps pour voir le produit, être séduits et décider de l'acheter. Mais, du fait du zig-zg, peut-être jouent-ils sur le regret : un premier coup d'œil tentateur, mais pas assez de temps pour se décider. Tout le temps passé à s'éloigner, puis à se rapprocher de l'objet poussant à s'en emparer le plus vite possible. Je ne sais pas.

Je n'aurais sans doute jamais parlé de ça sans le mensonge affiché du passage plus rapide en caisse. Au tout début, le temps que les gens s'habituent, il y avait des sortes de vigiles dispatcheurs qui indiquaient aux gens vers quelle caisse aller et les empêchaient d'avancer anarchiquement hors de la file. Moi qui suis si discrète, je n'ai pu m'empêcher de demander, un peu agacée au monsieur en question "Dites, la file avance plus vite ou les gens ont simplement moins le sentiment d'attendre ?" Il m'a entendue, regardée un peu surpris, mais, ignorance ou hypocrisie commerciale, il ne m'a pas répondu. 

Beaucoup de choses sont comme ça : vendues comme un avantage au client quand, en vérité, il n'y en a aucun. Passez à la facture numérique, vous vous épargnerez de la paperasse...

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brendufat 08/07/2012 11:25


Ce petit dessin devrait te ravir...

Ardalia 08/07/2012 19:48



Huhu ! ;)



Gilsoub 07/07/2012 00:53


ah ouais tiens ! je n'y avais pas pensé ! Mais est ce que ton calcul prend en compte la malédiction de la dame devant toi dont : "Marcelle, tua sais combien c'est la boite de 12 préservatif
lubrifié avec réservoir " (ou la boite de petit LU, c'est juste pour l'exemple !). Ety que la Marcel elle courre au rayon à l'autre bout du magasin, et que pendant ce temps le gros Caddye
familiale que t'avait voulu éviter, et ben il passe et il paye que tu poirotte toujours parce que la dame de devant à 3 articles "mais que cette cochonnerie de code barre, y veut pas marcher!"...

Ardalia 07/07/2012 08:24



Dans les grandes surfaces multimédias, il n'y a pas de caddies, Les gens achètent peu de chose à la fois, en moyenne et ils sont rarement très vieux. Il faut croire qu'il y des configurations qui
interdisent l'application de la loi de Murphy... :)