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Et Jésus dit à Pierre : Pose ton vélo et viens boire une bière.

Publié le par Ardalia

Chers lecteurs, en ce moment, j'ai un peu la tête à l'envers (où le titre qui n'a aucun rapport mais qui me ravit toujours). Suite à la suggestion de Phil, j'ai acheté (mais, Anna, ne m'en veux pas, cela n'arrivera plus de sitôt, j'irai à la bibliothèque, promis) et dévoré le livre de Jeanne Siaud-Facchin Trop intelligent pour être heureux ? l'adulte surdoué. J'en suis sortie à peu près hystérique de voir raconter ma vie et mes émotions depuis mon enfance, de comprendre plein de choses sur mon fonctionnement et les incompréhensions des autres (par exemple : "tu réfléchis trop"...) Mais j'en suis sortie aussi un peu effrayée par la chute vertigineuse de mon intellect depuis vingt ans que je refoule mes réflexions (auparavant, j'avais ma meilleure amie pour m'écouter, me stimuler et -oui, avouons-le- m'admirer) les reliquats en dentelle dont je dispose me font redouter de passer le test qui trancherait la question (de toute façon, pas les sous). N'allez pas croire que je me prend pour un génie, cette illusion est tombée et bien tombée il y a fort longtemps déjà. De génie, point, mais... et le reste fait trop mal pour en parler maintenant.

 

J'ai compris, après avoir lu ce livre, ce que je n'avais pas pu affirmer auparavant, lors de l'épisode du salon de l'emploi. Rappel des épisodes précédents : il y a deux ans, je farfouillais vaguement sur le net pour chercher un emploi dans ma ville et, à force de vague et d'espoir mêlés, je me suis inventé un salon de l'emploi pour handicapés le 20 novembre ou le 21, je n'étais pas sûre... Le jour où la vérité m'éclata en pleine tête : il n'y avait rien du tout, aucun événement se rapprochant de près ou de loin de mon fantasme, ce jour-là, dans cette ville-là (mais à Paris, oui...). Vous n'aviez pas compris à quel point j'en ai souffert, même mon psy n'a pas compris. La vérité est toute simple : je n'ai confiance qu'en mon intelligence (la faculté de rendre les choses intelligibles). Je ne compte, depuis que je pense, et sans doute avant, que sur MA compréhension des choses, que sur MON sentiment, MON opinion, etc. Cela ne signifie pas que l'autre ne peut rien m'apprendre, loin de moi cette idée ! Cela signifie qu'en dernier ressort, après collection puis tri des informations, je n'ai vraiment confiance qu'en ma pensée. Et là, cette illusion, ce fut une véritable trahison interne. Je l'ai dit, mais vous n'avez pas compris. Que j'aie pu me mentir à moi-même n'était pas du tout un signe positif d'espoir ou quoi, d'ailleurs, ça ne s'est pas concrétisé... c'était une saloperie que je me suis faite pour me punir d'être si fragile et pusillanime face au monde. C'était malsain d'un bout à l'autre. Je me suis fait du mal, à l'endroit le plus sensible... Ceci posé, j'espère que cette question est réglée.

 

Mais le véritable but de ce billet, c'est la découverte de quelque chose qui m'avait échappé auparavant et que je poursuivais depuis un bon moment.

Il y a quelques mois, je suis allée à Paris, où j'ai vu l'exposition au Grand Palais sur Turner et ses maîtres. J'ai pu en discuter avec quelques personnes qui l'avaient vue aussi, et dont une me dit qu'elle avait été déçue de trouver les tableaux de Turner "moins bons" que les "originaux".

En effet, l'exposition était organisée très simplement sur le mode chronologique et comparatif. Les tableaux étaient placés côte à côte, si bien que l'on pouvait admirer le Rembrandt ou le Monet et, juste à côté, le Turner qui s'était visiblement inspiré de l'oeuvre du maître.

L'argument "moins bon" m'a profondément agacée, j'ai déploré que l'on donne des notes brutales et réductrices à des oeuvres d'art. Mon regard de visiteuse s'est porté, non pas sur une estimation de valeur, mais une estimation d'artiste, à savoir : j'ai regardé ce qui avait inspiré le jeune peintre : les lignes, les couleurs, les lumières ; ce qu'il en avait fait et comment le point qui l'avait titillé en était transcendé ou sublimé, selon les moyensqu'il avait pu développer. Peut-être qu'ayant peint moi-même, j'aie plus l'oeil à la technique et au travail en déroulement. En tout cas, cette histoire de note m'a énervée.

Pourtant, je sentais bien que je n'étais pas dans le juste. Et j'ai compris tout à fait incidemment en repensant à la dernière salle, celle où il ne restait que les oeuvres de Turner, celle où j'ai pleuré devant les bateaux vénitiens et la tempête de neige (vingt ans de désir, ça vous secoue l'orgasme). Dans cette salle étaient réunies les oeuvres du Maître Turner, et de lui seul... Plus besoin de comparer, puisqu'il avait créé son art propre et n'avait plus besoin de travailler directement la matière de ses prédécesseurs. Et c'est pourquoi la déception des détracteurs était bel et bien un peu sotte (ouf!), les salles précédentes montraient effectivement turner élève, Turner apprenant, parfois maladroitement, mais Turner osant inlassablement. Ce sont toutes ces demi-réussites qui ont permis l'éclosion de l'artiste véritable, l'homme libre de son pinceau et de son imaginaire. J'avoue que prise sous le charme de son audace magnifique, j'ai un peu zappé la relative médiocrité des tableaux de jeunesse.

Mais en tout cas, voilà une histoire très symptomatique pour moi : avoir tous les indicateurs au rouge sans comprendre pourquoi, sans pouvoir expliquer ce qui cloche. Et le triomphe de comprendre, non pas comme un trophée pour taper sur la tête des impétrants, mais comme un gâteau, une sucette : un plaisir en soi suffisant et si beau qu'il fallait le partager. Et il m'est arrivé mille fois la même situation, d'aller partager ma meringue craquante et de me voir opposer l'indifférence ou l'agacement d'une personne vexée. Il faut bien comprendre un jour que les autres se foutent en bloc de ce qui est vrai, juste et bon, ce qui compte, c'est de pisser plus haut au bon moment. Dont acte.

 

A froid, cette historiette est ridicule (ça paraît surtout tellement évident...). Mais c'est pour vous montrer qu'un objet de pensée n'est pas pour moi anodin ; une question sera un tourment tant que je n'y aurai pas répondu. Mais l'entourage... J'ai mis dix ans à retrouver le mot "didascalie" entendu une seule fois au collège et perdu depuis ce moment-là. J'ai demandé à plein de gens s'ils savaient comment on appelle les instructions aux acteurs annotées dans une pièce de théâtre : "Marcelline, s'échauffant par degrés", mais siiiiii ! Mais non. Personne ne savait et je n'ai pas su tirer le bon jus de l'Universalis. Cela m'est revenu par hasard, chez ma soeur aînée, j'ai hululé le mot alors que nous ne parlions de rien ayant le moindre rapport, à moitié ivre de joie et faisant face à une certaine perplexité défensive. Rassurez-vous pour mes chevilles, j'ai une mémoire de merde, ça douche très bien l'euphorie du savoir...*

 

_____

J. Siaud-Facchin cite abondamment un roman de Martin Page que je vous recommande chaudement : Comment je suis devenu stupide.

 

*A cet égard, comment ne pas supputer que cette mauvaise mémoire, sans doute également liée aux handicaps visuels et auditifs qui monopolisent une majeure partie de l'énergie cervicale, soit également une "saloperie interne" ayant pour but de m'empêcher de dominer pleinement euh... ma famille, pour ne pas aller chercher trop loin ? Car s'il y a des chose normales, il y en a d'autres qui sont vraiment troublantes. Bref.

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buckyball 02/06/2014 09:06

It’s always good to be spiritual. I think we should have a positive attitude towards life. We should be content with what we have and we should strive hard to achieve success. Thanks for sharing and keep posting the updates.

Emma Bovary 22/02/2011 23:54



Le complexe de l'Albatros, ce n'est pas "se couper les ailes" (l'inhibition), mais c'est être incapable de faire ce que fait le commun des mortels alors que l'on excelle dans des choses que le
commun des mortels ne parvient pas à faire: "ses ailes de géant l'empêchent de marcher" 



Lyjazz 14/10/2010 00:50



Ton lien vers le complexe de l'albatros éclaire beaucoup mon histoire aussi.


Et j'avais fait le même constat que toi après lecture de Siaud-Facchin.



Martin 17/09/2010 09:38



très beau papier



Ardalia 17/09/2010 09:57



Un papier, ce n'est pas un roman, mais merci.



Phil 16/09/2010 13:46



Heu oui, ça par exemple... Il y a de quoi être terrorisé.