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Mon corps nu sous la douche

Publié le par Ardalia

Chers lecteurs, alors, qu'est-ce qu'on raconte ?

Ben on raconte, par exemple que l'on va déménager. Je ménage encore le suspend quant à ma destination, mais vous pouvez savoir dès à présent ce que je ne regretterai pas... L'isolation digne de la plus fine tulle, grâce à laquelle mes factures de gaz atteignaient des sommets enneigés (un comble !). La chaudière qui, depuis qu'elle a été contrôlée pour l'évacuation des gaz, chauffe au-delà du raisonnable et tombe en panne au bout d'environ 7 minutes d'usage, grâce à quoi mes douches sont désormais chronométrées. Or, il est sportif de se laver les fils de la tête, se laver le corps, se raser les fils des aisselles — vous me pardonnerez ce trivial détail, surtout si je répète "se laver le cooorps" — et se rincer en ayant la tête dans le séant en moins de sept minutes. J'y parviens désormais, mais l'apprentissage fut douloureux, croyez-moi. Surtout sachant que la chaudière prenant sa sécurité à cœur, il faut un quart d'heure pour qu'elle veuille bien recouvrer ses pleines fonctions.

Je ne regretterai pas le spot qui pendouille du plafond éborgné de la salle de bain. Pour en faire le tour, je ne regretterai ni le joint de baignoire fait comme un salaud bourré qui a bavé partout et se décolle quand même, ni la chasse d'eau qui chasse, mais dont le réservoir nécessite deux voire trois tirages pour daigner se boucher et se remplir au lieu de couler sempiternellement. Je ne regretterai pas non plus les odeurs d'oignons frit, de graillon et de cigarettes remontant régulièrement de chez les voisins du dessous, ni le plancher ondulatoire, malgré sa convexité exagérée... Last, but not least — mais on va pas y passer la nuit non plus — je ne regretterai ni le plancher de ma chambre au-dessus de l'entrée de l'immeuble et me transmettant, avec une obligeance non requise, tout les virils claquements de portes du sas que les jeunes avinés ou non ne retiennent jamais, ni les hululements de personnes plus ou moins imbibées revenant de soirée ou allant faire la fête, à moins que ce ne fussent des clients du restaurant d'à coté.

le bail court jusqu'à Noël, mais je suis pressée comme une écolière de partir, surtout sachant ce qui m'attend...

 

A part cela, qui donc est en bonne voie de tournaison pagineuse, je lis des choses splendides. Il y a peu, j'ai fini Apprendre à Mourir, la méthode Schopenhauer d'Irvin Yalom, qui est un petit bijou. J'ai la flemme de lire mes archives, donc vous me pardonnerez si je radote — surtout si je dis "se laver le cooooorrrps" — mais il faut que vous lisiez ça ! Bon, c'est un Yalom, donc on a un psy (Yalom l'est) qui apprend qu'il lui reste un an au mieux à vivre à cause de son cancer très virulent. Il choisit de continuer ce qu'il aime : soigner les gens et surtout s'occuper de son groupe de parole qu'il aime quasi d'amour. Mais suite à un remord le tenaillant sur un ancien patient prédateur sexuel dont il a loupé le traitement, il recontacte celui-ci et l'intègre au groupe. Or le patient s'est guéri de son addiction au sexe par l'étude approfondie de Schopenhauer auquel il s'identifie et veut faire partager cette science à son ancien néo-psy, d'où le titre de l'ouvrage. Le récit se déroule sur le mode de l'alternance entre l'histoire du groupe, passionnante, et la biographie amplement commentée de façon psychanalytique (mais pas absconse) de Schopenhauer. Les tons sur ces deux modes sont très différents, on passe en quelque sorte du lieu de la violence des affects d'un homme seul et tourmenté à la sécurité du groupe où les passions pourtant déchainées sont apaisées dans les discussions du groupe, ses commentaires, ses aveux, ses engueulades et ses réconciliations. De l'humain en barre, de l'amour en lingot, du talent à la brique. Foncez.

 

Ensuite, mais je n'ai pas envie de faire le pitch — ou alors juste un poil —, j'ai lu Temps difficiles de Charles Dickens. Pour le dire très vite, un homme aux principes très stricts, expurgés de toute fantaisie, de toute imagination et de toute curiosité pour autre chose que les Faits dirige une école. On verra qu'il enseigne ses beaux préceptes à ses élèves et surtout à ses enfants et l'on verra surtout quelles funestes conséquences cela aura sur leurs vies... J'ai été a peu près stupéfiée par le contraste entre le titre et la description de cet homme qui ouvre le roman et qui est absolument un monument de littérature humoristique, c'est proprement splendide ! l'art de Dickens vous colle au fauteuil, c'est plus que du théâtre, presque de la magie. J'ai eu le sentiment, aux premières pages, — et j'en ai parlé ainsi à l'un d'entre-vous, chers lecteurs — de voir Bouvard et Pécuchet dans Germinal, autant vous dire que c'est violent ! Et il y a de cela, la Royale Bêtise trône sur les ouvriers dont l'élégie parsème les pages, non pas aveugle, mais respectueuse d'un auteur instrument de la musique de l'humanité, qu'elle rie ou qu'elle pleure (flemme de refaire cette phrase). De l'humain, de l'amour, du talent en barique, Foncez !

 

Mais alors, mes wish-lists sur cafe-koob étant souverainement ignorées, je me suis souvenue que dans le Yalom il était question d'un Thomas Mann inconnu à mon bataillon ce qui était fort excitant : Les Buddenbrook. Ignorant alors tout bon sens — et tout sussurements sûrs et puants de vil banquier — j'en fis l'acquisition et suis en train de m'en goberger, on me pardonnera ce terme — surtout si je dis "ssse laveeeer le coooooorps" — avec un plaisir d'ogresse à bavoir.

Tout d'abord sortir de la suie collante et grasse britannique pour atterir dans le salon luxueux d'une riche famille de négociants allemands, ça décoiffe. J'ai vite éprouvé le besoin d'aller brosser mes habits et de redresser ma moumoute pour ne pas trop déparer... Savez-vous que c'est un classique allemand, ce roman ? Que Thomas Mann l'a écrit en couche-culotte, à vingt-cinq ans à peine ? Qu'il a été, le cher enfant, émerveillé par Thérèse Mauperin, le fameux — si, si, à l'époque — roman des frères Goncourt ? Eh oui ! On méprise aujourd'hui leur usage du symbolique, mais chez Mann, c'est magnifique, du très grand cinéma !


Et puis alors, pour l'anecdote, sont décrites dans ce roman les tentures ornées de scènes bucoliques ou pastorales du dix-huitième siècle rappelant... mais oui, bien sûr : Oberkampf ! Comment non ? Mais si ! Un soir, prenant le métro parisien avec Tinkiett, mon beau-frère, je lui demandais tout à trac, comme ça me prend souvent et comme nous passions par cette station "C'est quoi Oberkampf ?" Il m'avoua son ignorance et je dus donc demander à Wiki. Je m'attendais à une bataille napoléonienne, vous voyez, comme Bir-Hakeïm, Magenta, Austerlitz, mais pas du tout, Oberkampf, ce fut un type ! Un ingénieur allemand ne trouvant pas subsides chez lui et qui vint installer ses ateliers où il mit en œuvre son invention révolutionnaire d'impression de tissu à... Jouy-en-Josas ! Et là, vous comprenez dans un éclair de brusque lucidité que Mann tout à l'heure nous décrivait tout simplement de la toile de Jouy ! Ah, vous aviez compris avant ? Bon. En vérité, le principe de ce motif, comme beaucoup de choses concernant l'encre nous viennent de l'Empire Ottoman dont le dix-huitième siècle s'était fort entiché, souvenez-vous de la fameuse question "Comment peut-on être persan ?"

Eh oui, eh oui, voilà, voilà...

Et alors là, toc ! Eh oui !

Et boum...

Paf.

 

Moi, je me demande juste, comment peut-on faire un billet si absolument foutraque, toute honte bue, et lui trouver un titre à la fois digne, noble et subtilement évocateur ? Racolage ? Oh, tout de suite, les grands mots...

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Sylvie 02/01/2011 10:59



Je viens de découvrir ce bolg, et je sens qu'il va meplaire. J'adore les Buddenbroook, que j'ai lu plusieurs fois. Il faut que je me procure cette adaptation cinématographique... avce les
sous-titres !


Bonne année !



Ardalia 02/01/2011 14:52



Bonne année, Sylvie ! :)



mume 17/10/2010 12:46



Ben dis donc, tu m'as donnée une furieuse envie de courrir à la bib de ma ville,que divers occupations m'ont fait négligées



Anna 09/10/2010 20:46



Je ne suis pas sûre que ce soient les mêmes qui aient peur des deux. Et puis "Shopenhauer" ça emballe grave dans le métro, "apprendre à mourir" moins. ;-)



Anna 09/10/2010 13:51



Ah et j'y pense : pour ceux qui le chercheraient en poche, apparemment ils ont viré le surtitre et gardé seulement "la méthode schopenhauer". Peur d'effrayer le client ?



Ardalia 09/10/2010 14:48



Merci pour ce rappel, j'ai oublié de l'intégrer au texte en cours d'écriture. Je pense aussi que c'est pour ne pas effrayer les gens, mais je me dis que les gens qui sont effrayés par "mourir" le
sont aussi par "Schopenhauer", donc, je ne vois pas trop ce que ça change.


Merci pour ton commentaire, il y a donc quelques lecteurs en plus de Brendie, toujours fidèle au poste !



Anna 09/10/2010 13:50



Les hasards des flux RSS m'ont fait lire ton titre (mon corps nu sous la douche) juste avant un autre  : "mon président au Vatican".


C'est mal si j'ai ri ?


A part ça, merci pour les conseils de lecture. Le bouquin d'Irvin Yalom me tente bien, je vais voir si je ne peux pas l'emprunter quelque part. :-)



Ardalia 09/10/2010 14:45



Je vois que tu lis Koz ! ;)


Ce n'est pas mal du tout, il y a peu, en farfouillant dans les archives, j'ai pensé à toi qui avait ri, déjà, parce que j'avais posté deux billets dont les titres successifs donnaient : "Où
vais-je aller ? " "Chez le kiné". Il y avait de quoi (rire).