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Colère, tu m'effraies

Publié le par Ardalia

Je n'ai jamais fréquenté autant de gens en colère que depuis que je suis au contact d'autant de personnes intelligentes. Je le vérifie aussi bien dans la vie réelle que sur l'internet. Ce n'est pas le cas de toutes ces personnes, pas en permanence, heureusement. Au contraire, ce qui surnage très largement, c'est la bonté, la bienveillance, la gentillesse.

Mais se pose vite le problème de la lucidité. De fait, il n'y a même pas besoin de l'examiner longtemps pour voir que le monde "marche sur la tête", que les hommes s'agitent voire se tuent pour des raisons absurdes ou fausses et observer cette politique du chaos fait craindre le mal, les effets pervers et la multiplication du mal.

J'ai beau connaître intimement cette colère, ce hérissement, cette insupportable horripilation qui fait sur-réagir, la voir ou la deviner chez les autres me fait peur. Voilà plusieurs jours que je traîne cette peur, particulièrement à propos de quelqu'un que je croyais plus profondément empreint de sagesse. Je ne sais que faire, lui en parler, ou pas ? Est-ce que je ne projette pas ma propre colère sur cette personne ? J'en doute, mais enfin, il faut rester prudent.

En faisant un petit exercice personnel, hier, je me suis souvenue de ce mot, sagesse. Ceux d'entre vous qui me lisent depuis longtemps se souviennent peut-être que cela a toujours été très important, pour moi, la chose que je recherchais avant tout. Pourtant, ces dernières années, ce mot a disparu de mes pensées au profit de la bienveillance, c'était elle que j'admirait, elle que je voulais cultiver en moi et faire mienne. Mais au fond, c'est un peu la même chose, ou, pour mieux dire, je ne crois pas que l'une aille sans l'autre.

Un jour, j'ai discuté avec le patron d'un journal très cynique et je lui ai dit que je ne concevais pas l'intelligence sans la bonté. Il m'a regardée alors avec beaucoup d'attendrissement, m'a invitée à venir le voir chez lui (et sa jeune épouse, rien de trouble, là) et il m'a appelée ensuite plusieurs fois, très bienveillant, très encourageant. Lui aussi est un homme intelligent et en colère, malgré ce calme de vieil éléphant impénétrable qui semble l'entourer.
Au fond, bien sûr, j'ai peur que cette colère s'abatte sur moi, j'ai peur d'en faire les frais. J'ai peur que le lien soit rompu, comme cela m'est arrivé avec cet ami si cher et si en colère après moi que j'ai dû me résoudre à faire le deuil de cette amitié.

J'ai toujours bien senti, dans nos dissensions, que nos colères nous dépassaient, réglaient des comptes avec nos passés : lui sa mère, moi mon père. Je l'ai vu et pourtant, je n'ai pas pu éviter les clashs, je les ai même parfois provoqués. Comment savoir si j'ai enfin soldé toutes les dettes de ces rapports pervers ? Comment savoir si je ne draine pas toujours un peu avec moi de cette perversité ?

J'ai donc peur de ma putative perversité et de la putative colère de l'autre... Les fantômes du passé s'évanouissent-ils jamais ? La sagesse, ici, ne serait-elle pas de voir ces fantômes pour ce qu'ils sont et de faire confiance à ces gens parfois grognons et bien souvent si gentils pour moi que sont mes amis ?

Puisse la sage nuit me porter conseil.

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brol 10/05/2013 15:00

Dire ou pas ? Dire, dire, dire avant toute chose. Ce n'est que comme ça que l'on peut avancer. Même si ce que tu ressens ne fera pas écho chez l'autre comme tu le ressens toi, ça ouvrira toujours une perspective, pour toi et/ou pour l'autre.
Amha, c'est bien tout ce qui importe : faire bouger les choses pour éviter la sclérose de nos certitudes.
Il faut dire !

Ardalia 10/05/2013 18:11

Oui, dire, mais quoi ? Encore faut-il être bien au clair avec soi-même et son désir profond. J'ai vécu trop de ruptures dans les éclats, y compris par écrit, que je ne peux faire l'économie de cette clarté.

Anna 10/05/2013 13:42

La colère seule est effrayante, destructrice. Si, une fois qu'on la voit, on se demande ce qu'on en fait et on essaye d'en faire quelque chose de bien, c'est une autre histoire.

Ardalia 10/05/2013 18:09

Je serais plutôt pour la prévention que la sublimation, un peu trop catho à mon goût.