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Sco l'y ose

Publié le par Ardalia

Chers lecteurs, ce début d'année démarre sur les chapeaux de roues. Vous aviez peut-être retenu que j'avais vu un kinésithérapeute pour mon dos. Celui-ci ne servant à rien, je suis retournée voir un ostéopathe qui m'a remis tout en place, donné un rendez-vous trois semaines plus tard pour re-remettre les vertèbres en place et m'attendait pour "rééquilibrer" cinq mois plus tard. 
En vérité, passés les 5 jours douloureux suivants les séances, je me sentais mieux, me remettais à bouger et en payais immédiatement le prix avec trois jours à boiter. Etrangement, les déménagements que j'ai fait n'ont pas aggravé quoique ce soit. Grâce à des exercices quotidiens de détente des lombaires, j'ai pu continuer à vivre pour l'essentiel, les courses, le ménage, les visites chez le psy, un peu de piscine, un peu de copains et c'est tout. Les deux promenades que je me suis permises ces derniers mois m'ont menées au parc voisin, point final. Au moment de prendre rendez-vous en décembre, je me suis dit que j'allais revoir le médecin du sport vu en tout premier, (en mai, m'a-t-il dit), qui est ostéo, peut donner des médocs et est surtout remboursé, lui, parce que les 150€ de trois séances chez M. Djodje, c'est pour moi, merci (et la famille qui m'a un peu aidée financièrement).

5 Janvier, me voici en dessous et chaussettes à couiner de douleur sous les doigts du monsieur qui me pousse les vertèbres, histoire de repérer celles qui ne sont pas "libres". De mon point de vue, à hauteur de matelas, c'est une catastrophe, il doit y en avoir trois qui ne me font pas mal... Il palpe, repère, me fait prendre des positions romantiques avec les deux mains sous l'aisselle, une jambe repliée sur l'autre et, basculant les hanche et les épaules dans des directions contraires, il ne fait craquer la colonne. Un coté, l'autre. Massage d'un nerf lombaire, long, appuyé, j'essaie de ne pas suffoquer. Sur le dos, une main sous la colonne, il m'écrase de son torse dur sous la blouse, une, deux, trois fois, je tremble, non de douleur, mais d'émotion, le souffle accéléré, un peu égarée par les bruits des craquements et la sensation effrayante de cette chose qui bouge dans la colonne, le lieu fragilissime, quasi sacré du corps. On tire un peu la tête, un moindre mal, mais le dos n'est pas encore libre, il faut retordre, il faut souffler, recommencer, celle-ci se défile, je suis tellement tordue et assez grassouillette pour sentir la peau plissée autour de mon ventre, j'ai l'impression d'être une serpillère que l'on essore, encore et encore... 
C'est fini. Je peux me rhabiller, tester ma jambe droite avec précautions, ça ne fait plus mal, mais doucement, car c'est sensible. Je peux renfiler ce jean patte d'eph' que je déteste mais qui a le bon goût de bien vouloir encore circonscrire mon cul quand les autres ont déclaré forfait, renfiler mon unique pull chaud, tricoté par ma mère, avec des trous là où lâchent régulièrement les nœuds , me rasseoir et demander "alors ?"

Alors il m'explique que mon dos est mal courbé, on le savait, mais qu'il est également un peu vrillé, ce ne l'on ne savait pas, c'est une scoliose, mademoiselle. C'est un scoliose, oh, je sais, j'en ai eu une, enfant, redressée avec succès, je sais aussi que c'est foutu, ça ne se redresse pas chez un adulte, mon dos est foutu. Mais lui, le docteur n'est pas abattu, il faut assouplir cette région raide qui entraine tout le reste dans son mouvement torse, il faut calculer sur le long terme, ça prendra du temps.
Je rentre chez moi avec un désespoir à la mesure du cercle vicieux qu'est mon dos, inguérissable, lieu de frustrations, de colères et de peurs refoulées malgré l'analyse. J'ai l'impression d'avoir échoué, je n'ai pas débusqué toutes les peurs, je n'ai pas tout dit, puisque ce qui est accumulé là me suivra toute ma vie, j'ai failli. Et je suis en faute de mal me tenir pour marcher, pour être assise, pour me pencher sur l'écran d'ordinateur, mais je ne sais plus comment faire, je ne sais plus ne pas me cambrer, il est très difficile de changer ses habitudes de postures, je ne sais plus rien, je me demande même si mon corps ne me permet pas ainsi de répondre à mon manque absolu de projets, ne me permet pas de régresser pour que l'on s'occupe de moi. 
Ce que je sais, c'est qu'une nouvelle douleur inédite m'a réveillée ce matin, que la tension regagne mon dos à toute vitesse et que je ne comprends pas, je ne comprends pas qu'est-ce qui peut bien être refoulé ?
Ca me désespère, quoi ! il y a encore d'autres souffrances, ce n'est pas assez ?

Ce n'est pas assez de n'avoir pas de vie, pas d'amour, pas d'enfants, pas de travail, pas de projets accessibles ? Ce n'est pas assez d'avoir la vue et l'ouïe qui se barrent en couille depuis mon enfance, sans espoir de miracle ? Ce n'est pas assez de devoir aller dans le monde avec ce passif qui effraie et le vide référentiel qui en découle, ah non, moi, je ne connais pas ça, je n'ai jamais vécu ça, je ne sais pas, mais j'ai lu, oui, j'ai lu.
Il faut croire que non, ce n'est pas assez.

Quand on est chrétien, on pense que Dieu ne nous envoie que les épreuves dont il sait que l'on a la force de les surmonter. Aujourd'hui, je pense que le corps, mon corps m'est fidèle et me sert en exprimant ce que ma tête renie. Mon cœur le prend affectivement sous l'aspect victimiste habituel, pourtant, je suis punie comme une petite fille, je proteste de la même manière et je pleure pareil, c'est pas juste, c'est pas juste !
Non, ce n'est pas juste.
Ou si c'est juste, ce n'est pas de justice, mais de justesse.
Une justesse de la vie, celle qui palpite envers et contre tout au creux du plus dur, du plus noir, du plus tordu... La justice n'existe pas, mais la vie est juste.
J'ai le sentiment que tout mon travail précédent n'a servi à rien, que c'était, pour le compte, du temps perdu. Pourtant, je sais que c'est faux, je me demande si ce n'est pas le contraire, que tout ce que j'ai traversé m'a préparée à cela, la reddition des derniers bastions, les plus enfoncés, les plus fragiles et les plus emmurés. Qui es-tu toi qui ne veux pas marcher, te tenir debout, qui ne veux pas vivre ? Qui es-tu toi qui veux crever ici et ne me laisses pas partir ? Ne sois pas sage, ô ma douleur, parle, crie, crache ce morceau qui me putréfie, crache ce poison qui me ratatine, crache ces maudits mots qui me scient à la racine !
Pourquoi me frappes-tu la nuit, quand tu es maitresse et que tu pourrais me pourrir tous mes rêves, pourquoi ce coup loin des yeux et près du cœur ? 
Désormais, c'est à chaque inspiration que tu m'enfonces ton poignard, veux-tu me retirer définitivement le souffle ?

Je suis retournée chez l'ostéopathe, je le revois demain vers midi, si personne ne se désiste, car son agenda est plein comme un œuf. A chaque instant, je m'attends à ce qu'on me renvoie ma douleur à la gueule, qu'on la minimise, qu'on la méprise, qu'elle dégoûte. Vous comprenez ? à chaque instant, je m'attends au mal... Un jour, je me suis extasiée d'avoir pu faire confiance et me détendre dans les mains d'un ostéopathe, mon psychiatre m'avait dit "mais comment pouvez-vous faire confiance à un homme puisque vous êtes belle pour votre père ?" Mais s'agit-il de l'homme en tant qu'homme ou du mal, de la mort que je vois en l'humain ? Il y a longtemps que j'ai fait un lien entre la sexualité et la surdité qui devient alors une sorte de refuge de l'innocence, refuge, comme tout les refuges, à la longue un poison et une prison. Mais si je songe au mal, si je regarde les racines où plonge ma paranoïa, j'y vois mon frère surtout et sa jouissance quand il me faisait sursauter, dès le début, dès qu'on s'est aperçu que je devenais sourde, j'avais trois ans. Pourtant, je crois que c'était là  avant, avec ma mère et peut-être d'autres, je ne sais où ni comment et, bien sûr, je n'extrapole aucune intentionnalité de la part de qui que ce soit, bien au contraire.

Mais, voyez-vous, cette scoliose, j'y vois un vice profond, une torsion primaire, primitive de l'infans, celui qui ne parle pas. C'est sans doute lui que je n'entends plus, pleine de mes préoccupations d'adulte qui ne sont ni rares ni moindres. Il faut donc taire mes mots, taire mes réflexions et m'ouvrir, enfin, à ce chagrin-là.
La reddition est encore devant moi.

______

Une idée, comme ça, juste avant de poster... J'ai peur de l'eau. 

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mume 09/01/2010 12:53


Dans tes phrases, dans tes maux.
Une retient mon attention .
Tu parles d'innocence.
Celle que je suppose etre de l'enfance.
Si tu developpais ta pensee je trouverai peut-etre une reponse a la question pas du tout evaquee qui grignotte encore
(malgre tant d'annes)mes reflexions de retraitee
Te dires comme je rame avec ce clavier australien !!!


Ardalia 09/01/2010 18:05


Mume, comme d'habitude, j'ai écrit dans l'urgence, les mots sont peut-être pesants mais pas très pesés. Bien sûr, il n'y a pas d'innocence, mais des stratégies de protections face à la douleur, à
des réalités que l'on n'est pas prêt à supporter. Je me demande dans quelle mesure ce que l'on appelle innocence, ce n'est pas juste un mélange d'ignorance et de déni.

Si tu crois que, te sachant au chaud en Australie, je vais te plaindre de n'avoir que des claviers qwerty à disposition ! Ah ! :))


samantdi 07/01/2010 17:34


Eh bien, "ça travaille" toutes ces douleurs, tout ce langage, et tu as pris les choses en main, peut-être pas les tiennes, mais des mains qui soignent, alors, tu es sur la bonne voie/voix.

 


Ardalia 07/01/2010 23:07


Ah ben ça travaille, c'est pas mort alors ! ;)