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Questionnaire "madelein"

Publié le par Ardalia

"Taguée" par mon ami blogueur Daniel Fattore, je me prête au jeu d'autant plus volontiers qu'il se place dans un plaisant sillage proustien, celui du souvenir sensoriel. Sous le signe de la madeleine et du thé, voici mes réponses.

1- Quelle odeur, quel parfum, quel fumet déclenche un de vos souvenirs?
Il y a quelques jours, j'ai découvert que mon pain complet légèrement grillé rappelait furieusement l'odeur qu'enfant, je découvrais parfois flottant dans la maison. C'est que dans le four, doraient les pains que ma mère avait pétris à la main. Elle en était rarement vraiment contente, mais une moins fine bouche et un moins fin nez comme les miens s'émerveillaient de ce parfum chaud et puissant d'une mie encore humide sous la croûte croustillante... 

2- Quel son, quelle mélodie, quel bruit déclenche un de vos souvenirs?
La lettre à Elise... Le piano familial se trouvait posté dans l'entrée à partir de laquelle toutes les pièces de la maison se distribuaient, si bien qu'il était quasi impossible d'échapper aux répétitions de ma sœurs ainée. Cette lettre à Elise nous a donné à tous bien de la peine, surtout quand ma sœur buttait sur les notes, toujours les mêmes. Aujourd'hui encore, cet air me rend immédiatement très attentive et j'aime qu'il soit joué par de jeunes mains hésitantes, car je le trouve ainsi plus émouvant que lorsque une main de maître en retire tout mystère d'execution.

3- Quelle saveur, quel goût déclenche un de vos souvenirs?
Je dirais le porto, étonnamment. Je ne peux y tremper mes lèvres sans penser au premier que j'ai bu, dans un verre à porto de cristal (et non dans un verre à cognac, comme on le sert souvent, à défaut), chez ma tante Simone aujourd'hui décédée. Pour moi qui avait toujours vécu en banlieue campagnarde, cette sortie à Paris avec ma sœur (l'autre) était déjà un événement en soi. Mais venir dans cet appartement parisien encombré de milliers de livres entassés en piles le long des murs, écouter cette femme si parisienne, si mondaine, si haute en couleur et la regarder nous servir avec grâce et jubilation...Quelle puissante impression ! J'ai cru longtemps, avec plus de prétention que de bon sens, que le porto était une boisson extrêmement raffinée, son goût vieillot me semblait celer de profonds mystères de sages. 

4- Quelle matière, quelle surface déclenche un de vos souvenirs?
Le cuir, s'il est épais, me rappelle invariablement les selles et les chevaux. J'ai dans les mains la sensation des rênes, mais aussi de la selle toute entière, lisse, dure, glissante et lorsqu'on la retire, brûlante, le dessous trempé de sueur, si lourde dans les bras las de l'écuyère débutante. Le cuir est la seule surface que rend la crasse tolérable ; de crasse, elle devient cire et s'intègre ainsi dans la noblesse de l'objet ancien, usé, déformé sous les diverses pressions et les nombreux frottements du corps de l'homme et du cheval.

5- Quelle image, quelle forme, quel objet déclenche un de vos souvenirs?
Je ne peux poser les yeux sur le plus petit bout de granit sans me retrouver en bretagne, à Belle-Isle, Quiberon, Saint-Brieuc, etc. Pourtant, je demeure une déracinée, mais la Bretagne est en moi, rugeuse et sauvage et mon nom lui appartient. Le granit est un grand mystère pour moi, j'ai rêvé d'y faire l'amour, f'ai rêvé de m'y abriter, de m'y enfoncer de m' y déchirer aussi ; j'ai caressé, toujours surprise, sa surface érodée par la mer et le sel, et toujours rebelle, jamais adoucie totalement, toujours rétive à un mouvement autre que le sien propre, si confus soit-il. Je me reconnais sans doute dans cette matière brouillée, fâchée et si puissante, si dure... Je me reconnais, ou je me rêvé encore.

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Merci Daniel. Je ne passe jamais le tag, mais si le cœur vous en dit chers lecteurs, faites-nous savoir que vous suivez le fil !  

Commenter cet article

Isabelle 28/12/2009 15:52


pour la Bretagne...;-) :-)


mume 22/12/2009 12:39


L'heureux homme qui fut à Braga le mois dernier...
Des odeurs, une odeur pas plus tard que tout à l'heure dans le souterrain de la gare de Juvisy, une échoppe où l'on vend des viennoiseries, du lait, du café, tous ces fumets me transporte dans mon
enfance, au petit matin, la baguette viennoise que mon père nous offrait le dimanche, le lait servi à la crèmerie dans notre pot en grès et qui débordait régulièrement de la casserole, mêlant ses
éffluves à celles du café.
Ah! c'est bête je n'ai pas de lait pour me fabriquer un coup de reviens-y...


Daniel Fattore 20/12/2009 17:12



Bonjour, et bien joué!
J'aime bien ce que vous dites sur le porto... cela me rappelle le tour fait à Braga le mois dernier: j'en ai consommé (au porto, ha-ha!) quelques verres. Fameux!
A vous relire, donc, et passez d'ores et déjà un joyeux Noël.