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Mâdame, vous auriez un...

Publié le par Ardalia

Les petites histoires de la vie, sans importance, sans relief, creusent pourtant les jours et appuient leur couleur, quand elles ne les délavent pas complètement. Comment vous dire ?
Fin septembre, j'ai menti. C'est à cause de l'impéritie et de la météo, deux choses qui, conjuguées, peuvent vraiment pourrir la vie. Impéritie de mon agence de location que j'ai avertie en heure de l'absence d'éclairage dans ma cuisine, malgré des douilles halogènes et un compteur électrique entièrement reratichés de neuf, en l'absence de tout outil ou compétence dans le domaine électrique. Du coup, comme l'agence n'a pas daigné réagir, j'ai mis un spot de bureau avec une ampoule à économie d'énergie, il y a deux ans de cela. C'était joli, pas très efficace mais chaleureux.
Fin septembre, par une soirée de gros orage, il s'est mis à pleuvoir chez moi, un jus marronasse s'écoulant des douilles inutiles encastrées dans le faux-plafond. Je suis montée à l'étage au dessus et ai fait connaissance avec un jeune homme en boxer et une jeune fille habillée qui jonglaient avec des seaux, des bassines et des serpillières. Visiblement, l'étanchéité du toit avait baissé les bras. C'était la première fois, nous étions surpris mais réactifs, inquiets mais de bonne humeur. Le lendemain, tout avait séché, le jeune homme est revenu habillé et porteur d'un constat de dégâts des eaux. Et là, j'ai menti sur la feuille superposée, j'ai prétendu que l'inondation avait flingué mon électricité de cuisine. Comme il y avait peu de place, j'ai juste écrit "éclairage cuisine HS". J'ai aidé mon jeune voisin - très nature décidément, il est passé à un cheveu du curetage de nez devant moi, à la place, il a continué à se tortiller et à se caresser - à cocher les cases de la déclaration, je l'ai même renseigné sur sa propre couverture d'assurance, ce pauvre choupi. Le monsieur qui s'occupe des petits travaux de l'immeuble, un grand beau type qui s'est cassé les petits élastiques du sourire, avait fait le tour des appartements pour évaluer les dégâts et on s'est retrouvés avec les voisins, sur mon palier, à mesurer les malheurs des uns et des autre, cascades dans les cuisines et réduits, chutes de placos du plafond, mort de chaudière. Le jeune voisin, qui avait collecté les constats à l'agence, m'a raconté la réaction grandiose du directeur lequel avait promis une visite en grande pompe le lendemain, avec experts et propriétaire. Je me suis permis de rester réservée sur la véracité de cette pompe, mon voisin a admis qu'on lui avait peut-être "fait un sketch".
Le lendemain, l'homme aux élastiques cassés, Jean-Claude, est revenu seul avec un expert qui a soigneusement examiné mon intérieur, a qui j'ai menti effrontément à propos de l'éclairage. L'expert, charmant, a également vu ma chaudière (neuve, superbe) qui fut posée avant mon arrivée à un endroit où se trouvaient auparavant des meubles de rangement, fait que l'on devine aisément, car les contours de ce meuble fantôme est dessine par les bords de la toile blanche qui orne les murs, si bien que la chaudière tronait sur un fond marron clair, type "placo pas peint qui part en poussière". L'expert a trouvé que ça faisait moche, il a demandé à ce que soient collées des planches, afin de soutenir mon projet futur et très hypothétique de pose d'étagères. Ainsi fut fait quelques jours plus tard, Jean-Claude revint avec un pote plombier qui lui devait réparer la fuite de ma baignoire, très antérieure à tout ceci (mais c'est une autre histoire). Puisque j'avais ces deux magnifiques costauds sous la main, je leur ai demandé quoi faire pour mes portes-fenêtres pendouillant si bas que, fermées, elles laissaient voir le jour entre elles et l'embrasure... Ils m'ont recadré tout cela, collé les planches, resiliconé la baignoire et m'ont promis de revenir en vue de réparer l'éclairage qui fallait entièrement refaire selon eux. Mercredi (15jours plus tard, donc), J-C est revenu avec un autre jeune type costaud, ils m'ont emprunté l'escabeau et ont entrepris de changer tout les circuits, d'installer des trucs dont le nom m'échappe qui permettent la pose en dérivation (et non plus en série...). Mais l'opération s'avéra plus compliquée que prévu, le passage des fils sous le faux-plafond difficile et tortueux. Ils m'empruntèrent une feuille de papier pour faire un dessin de circuit, firent des trous, tirèrent les douilles, s'échinèrent. Ainsi passe une longue journée, eux les bras en l'air, moi devant mon ordi ou ma table à repasser, les douilles pendouilles, la poussière pousse, j'oscille entre l'agrément des belles voix d'hommes à l'accent chantant et le désagrément d'être coincée dans ma moitié d'appartement, culpabilisée par cette société travailleuse et utile. Ils parlent sans cesse, tapent, tirent, cognent un tuyau, jurent, font un autre trou, commentent et se conseillent Et finissent enfin leur ouvrage, tard, contents d'avoir enfin réglé leur problème qu'ils m'expliquent succintement et ils partent enfin après une journée passée les bras en l'air.
 Le soir, devant la télé, ça sent le gaz. Je vais voir, inquiète, l'odeur s'est perdue, je me méfie de mon imagination, je vais me coucher. Le lendemain, j'ai le nez bouché comme toujours à cause de mon allergie à la pollution, je ne suis pas sûre de ce que je sens. De retour de courses, plus de doute possible, ça sent le gaz, mais je ne sais pas qui appeler. J'appelle l'agence, déjà fermée. J'appelle man-man, ne sachant quoi faire mais elle ne sait pas trop non plus alors mon père se met à crier qu'il faut que j'appelle les pompiers au plus vite. Bonne fille, j'ouvre un bottin (eh oui...) et fait le 15, le 17, le 18. J'annonce mon cas, très calme, forte odeur de gaz à mon domicile, travaux la veille dont coup sur tuyau, forte probabilité de relation. La caserne est proche, en 5 minutes d'immenses bonshommes étincelants du chef investissent de leurs présences noires la petite entrée, le petit escalier, ma minuscule cuisine, à peine si le sommet de mon crâne pourrait effleurer le menton du plus jeune, mon regard flotte au bas des omoplates réfléchissantes. Ma voix aussi, sans doute, car mon histoire de travaux répétée, ils vérifient partout avant de s'occuper du fameux tuyau. Le monsieur du gaz promène sa petite bête à bruit et lumière qui, montée enfin près du tuyau pique une crise d'hystérie. Le jeune pompier m'informe : on a trouvé la fuite, madame. Fichtre, quel exploit. On plombe mon compteur, on m'indique un plombier dans le coin, on me fait signer un papier et on me quitte au son de terribles et lourdes bottes noires et de voix de basses, aurevoiremâdame. Un coup de fil et une demi-heure plus tard, un petit plombier charmant, rond et grisonnant se met à faire le yo-yo entre le compteur au rez-de-chaussée et le tuyau en haut de l'escabeau et finit par comprendre que si l'on serre un bouton entre deux tuyau d'un coté, ça le desserre de l'autre, il me revisse tout ça avec force couinement d'effort et le souffle court, un bon grand sourire, avecque plésir, bonne soirée.
Je sors de là sonnée de gaz, de voix, d'activités, sonnée par le vide de ma vie, assourdie par mon silence, hébétée de non-sens. Et ce vide qui résonne, sans fin. Ma cuisine ressemble à une scène de Broadway avec ses belles planches d'agglo blanc au mur et ses spots halogènes au plafond. Et maintenant je vais faire des courses, il ne faut pas trop tarder le samedi. Il manque un gros tiers à cette histoire, c'est pas grave, comme tout le reste, ça n'a pas le moindre intérêt.

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Anna 17/10/2009 22:46


C'est pratique le pain complet, quand on n'a plus de pain total. (penthotal... mon Dieu j'ai honte. ;-)
C'est toujours comme ça les travaux, on peut en parler pendant des heures. :-)


Ardalia 18/10/2009 10:29


Comme disait Molière : Ahi ahi ahi !


brendufat 17/10/2009 17:46


Histoire navrante, minuscule, archi-banale, tout ce que tu voudras...

... et qui me laisse sur la figure un béat sourire d'idiot du village.

Ca doit être parce que tu racontes bien - mais je ne voudrais pas m'avancer imprudemment :-)


Ardalia 17/10/2009 20:13


Il n'y avait plus de miche, j'ai dû prendre un pain complet. Un pain complet, ch'te jure... ;)