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Le vit, le vice et le puant

Publié le par Ardalia

Chers lecteurs, je vais vous entretenir de choses intimes et passablement dégueulasses. Vous pouvez donc cesser ici votre lecture.

 

Pour Noël, je me suis rendue chez mes parents. J'en suis revenue ébranlée. Vous comprendrez plus bas l'ironie de ce mot. En vérité, j'étais très secouée étant en proie à une pulsion profondément malsaine et maligne qui me poussait à être excitée sexuellement quand je pensais au mal fait par mon père et qui me poussait à vouloir embrasser tout le monde !... Ce fut vraiment horrible à vivre et ne prit fin que sur le divan du psy, quand je remontai à son origine qui n'avait rien à voir avec le désir, mais tout avec la terreur.

 

Cela à commencé lors de mon séjour, lorsque, attendrie par sa tête de gros bon chien, je me suis penchée pour flatter la tête du boxer de ma sœur. Ma famille se trouvait alors à table et mon père s'est exclamé auprès de ma sœur "Eh, regarde ***, elle est en train de faire une branlette à ton chien !" Un silence stupéfait et écœuré s'est alors installé, je n'ai trouvé la force que de murmurer "Pauvre garçon...", le dégoût l'emportant presque sur le mépris. Mais en repensant plus tard à cet épisode, une pointe acérée d'excitation s'est imposée à moi, m'occasionnant un profond dégoût de moi-même et une grande peur. Une vraie terreur, en vérité, une peur pas-nique...


En me passant de la crème, ce matin, m'est revenue la remarque qu'il m'a faite lors de ma visite précédente, où, prenant prétexte de mes douleurs de dos, il en a profité pour prétendre qu'elles étaient dues au fait que j'avais un... quoi ? nichon ? robert ? lolo ? — j'ai oublié le mot exact — plus lourd que l'autre, si bien que ça me déséquilibrait la colonne vertébrale. Comme toujours, j'ai été assaillie par la colère, le dégoût et le mépris, le chagrin l'emportant sur tout. Après la séance de psy, le symptôme — ces pointes aîgues et désagréables d'excitation sexuelle — a disparu, pourtant, je n'ai pas trouvé cette lumière, cet apaisement qui suivent les vraies révélations. Ce moment où le pus est vidé, où le corps de l'esprit peut se soigner enfin.

Je ne peux toujours pas me soigner. Je crois que ce qui me manque, c'est de lui montrer le chagrin que j'éprouve lors de ces déclarations incestueuses et vicieuses. Adolescente, je me suis mise en colère, lorsqu'à treize ans il m'a mis une main aux fesses pour me dire que j'étais baisable comme ça, lorsqu'à 18 ans, il m'a traitée de "salope" pour rire, pour souligner mon "vice". Je l'ai engueulé, traité pour ma part de malade, de tordu,  j'ai tenté de lui expliquer pourquoi "ça ne se faisait pas", etc., mais rien ne l'a rendu à la raison. Mais pourquoi je parle de raison ?

 

Ces derniers temps, j'ai beaucoup lu sur les pervers narcissiques, attentive à l'objet décrit et à ce que cela évoquait en moi. À toutes les pages, j'ai vu le visage de mon frère, j'ai vu ses méthodes, ses jouissances, ses vides vertigineux. Peut-être vous souvenez-vous qu'il m'a dit qu'il voulait être moi, c'est très exactement ce que veut le pervers. Il se sent vide, il ne se sent personne et il envie de toutes ses forces les qualités qu'il voit briller chez sa victime. Pour faire vite, disons qu'il s'approprie sa victime en la détruisant, il ne se sent exister (j'ai écrit "excister") qu'en la détruisant. Et cela, je l'ai vécu de près, j'ai vu mille fois le plaisir du mal sur son visage, j'ai vu la jouissance immense de l'accomplissement du mal. Il me guettait, avide de la moindre larme, avide du moindre frémissement de désarroi ou de colère, comme les vautours de Goscinny, aussi fébrile et stupide, aussi avide et grotesque. Alors, certes, je n'ai pas subi les pires atrocités, mais qu'importe, j'ai vu le mal se branler sur ma destruction supposée, cela suffit pour reconnaître son visage partout.

 

Or, il n'y a pas cela chez mon père. Il utilise les armes du pervers, certes, mais sans en récolter les mêmes plaisirs. Je me dis qu'il est plus narcissique que pervers... La fois où il a dit à mon autre sœur qui sortait de deux années de tentatives échouées de FIV et qui était encore le deuil de la reconciation : "Tu verras quand tu auras des enfants !" et qu'elle est allée pleurer, il a juste bougonné alors que nous l'invectivion avec indignation : "Oh, bon, j'ai oublié, mais on ne peut rien lui dire non plus !" L'attaque est perverse, la défense peut-être, mais elle est surtout très conne et pathétique. Un pervers serait allé dire la même chose en face, pour voir et jouir de la portée de ses paroles. Un pervers n'aurait jamais agit devant un public non acquis, un pervers est un pauvre type jusqu'au bout : un lâche, pas un con.

 

Or, mon père est bardé de ces défenses perverses, il fait mal et en est content comme d'une bonne farce "et pan dans sa gueule", sans vraiment se rendre compte de la portée de ses actes, sans saliver comme le fait mon frère de sa petite saloperie vicieuse De fait, quand il voit le chagrin, il est bêta comme l'enfant qu'il est encore, brutal et egocentrique, stupide au sens plein, mais pas, même pas, totalement vicieux. Bien sûr, je me demande si mon idée de lui montrer ce que cela fait, en gros, de pleurer devant lui, n'est pas une ultime tentative pour le changer. Mais je crois aussi que c'est une façon de reconquérir mon droit à l'émotion, celle que ma mère et mon père m'ont interdite, dans une répulsion hautement perverse ; lorsqu'il battait mon frère et que je ne pouvais ni pleurer, ni protester, ni partir me cacher et surtout pas chercher refuge dans les bras de ma mère.

 

Je me sens tellement salie par toutes ces attaques, j'ai tendance à y identifier le mal en moi, alors que, comme tout individu, je ne suis pas parfaite et souhaite, au moins brièvement, triompher, dominer ou me venger. J'ai l'impression qu'en ne répondant pas à ces allusions, je les laisse s'insinuer en moi et souiller mon âme.

 

Je rêve d'opposer à ces petits tripotages vicieux une sexualité libre et épanouie, sans tabou, sans jugements, sans frontières autres que le désir de chacun. J'en rêve, ou plutôt, je m'en torture, sachant que c'est en moi et que je ne me l'offre pas, ne me le permets pas, ne me le donne pas. J'en rêve sans opposition à rien, simplement pour l'accomplissement de qui je suis, que vous sentez, vibrer, vous qui me connaissez et qui bout sous pression, sans jamais voir le jour. A quelle fidélité vicieuse suis-je encore attachée ? Cela fera sans doute l'objet de séances futures.

 

———————————

Ah, et puis, bonne année à tous, pleine de richesses, de joies et d'accomplissement. Bises.

Commenter cet article

Hélène 15/02/2011 18:36



Ouch. très dur. très dur. 



Phil 21/01/2011 20:57



Les mots les plus brutaux ne peuvent même pas approcher toute l'horreur de la situation.


 



Anna 10/01/2011 10:52



Les mots me manquent.



Ardalia 10/01/2011 11:36



Je comprends. :*



ydikoi 08/01/2011 21:39



Bonjour Ardalia,


je suis récent sur ton blog, pourtant je me permets d'intervenir : 


"A toutes les pages, j'ai vu le visage de mon frère, j'ai vu ses méthodes, ses jouissances, …"


 


une piste, ou une simple erreur (sachant que votre psy vous dira qu'il n'existe pas de simple erreur ;-) )



Ardalia 08/01/2011 22:15



Bonjour Ydikoi, l'ancienneté n'est pas exigée pour commenter. Relisez bien le texte, il n'y a pas de confusion ; ni lapsus, ni acte manqué ! Peut-être quelques fautes d'orthographe que nous
passerons diplomatiquement sous silence...



Martin 08/01/2011 19:16



Bonjour Ardalia,


Ton récit me fait vaciller, c'est dur, en tout cas c'est une bonne chose d'en parler. Et ce que tu écris à la fin est fort, et très beau.


Martin P.



Ardalia 08/01/2011 22:12



Merci Martin. La vie est parfois très mordante, en effet, mais elle palpite, si obstinée !