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Un jeudi

9 Avril 2010, 22:17pm

Publié par Ardalia

Chers lecteurs, hier fut une étrange journée. Tout d'abord, dès le lever à 8 heures, je tentai de détruire ce fichu virus attrapé par ma faute la veille. Les scans étaient longs, et je patientai mal, ayant rendez-vous à onze heures et demie. Je me douchai rapidement et, entre deux scans d'antivirus et d'antispyware, vérifiai l'heure de mon rendez-vous qui se révéla être à quinze heure et quart. C'est donc propre et habillée que je maudis le modem qui merdoyait depuis la veille, lui aussi, et après la chaudière qui veut bien me chauffer de l'eau pour la douche, mais plus pour les radiateurs. Grâce à elle, j'avais très bien dormi dans ma chambre glaciale. 

Après avoir constaté que les divers scans n'avaient pas éliminé l'affreux, je fis une recherche sur internet qui m'indiqua très vite qu'il suffisait de faire une restauration. Ni une ni deux, je filai droit dans le panneau de configuration et y lançai sans faiblir ma restauration. J'avoue que je ne la surveillai pas le processus de trop près, finissant de lire le second tome de Tess d'Urberville et ayant hâte de connaître la fin qui se faisait attendre. C'est donc à la toute fin que je relevai le nez pour voir Ouinedoz fair son joli show multicolore et... rien. Un écran illuminé, mais noir. Fichtre. Je redémarrai en vain, un certain nombre de fois, tentai en vain de lancer le cd de Ouinessette et me résolu grognonnement à porter mon pèpère chez le docteur.

Je déjeunai et pris l'engin pour partir, jetant un dernier regard noir au modem dont tous les voyants réglementaires n'étaient toujours pas allumés. Le plan était de me renseigner sur la route dans la e-boutique devant laquelle j'allais passer pour me faire indiquer un réparateur, puis d'aller chez essèfère pour voir les modalités d'un changement d'opérateur, parce que tous mes voisins ont essèfère et je suis la seule à rester en rade avec alice quand des tas de connexions me tendent les bras et me sont interdites...

Arrivée à Jeanne d'Arc, avec un loulou pesant un sac-à-main et demi sur l'épaule droite en plus du sac-à-main habituel sur l'épaule gauche, je m'aperçu que la boutique n'y était plus. Je poursuivis jusqu'à Jean Jaurès, un peu suante, sans en trouver sur la route. Ayant un peu de temps pour chercher, je vis une boutique essèfère sur le jardin du Capitole et entrai me renseigner. Un jeune homme charmant, un peu d'attente, un jeune homme plus de mon âge aussi charmant qui me renseigne très gentiment. Je suis tentée, très tentée, mais je pars mercredi et c'est trop juste pour recevoir le modem avant mon départ, donc je promets de revenir après mon retour. Je demandai tout de même à tout hasard s'il connaissait un réparateur informatique, remettant la rutilante et lourde sacoche sur mon épaule. Bien sûr, à l'angle des grands boulevards et de la rue Denfert-Rochereau. Bien entendu, je compris la moitié de son explication, mais le plan qui vit à demeure dans mon sac eu vite fait de me renseigner. De retour vers Jeanne d'Arc, je trouvai facilement la rue qu'il me fallu remonter sur quelques centaines de mètres. Il me restait une demi-heure avant mon rendez-vous à Jean Jaurès, j'étais encore dans les temps.

Le jeune homme est délicieux mais parle très vite et avec une voix nasillarde, si bien que je le comprends mal. Je lui explique ce qui s'est passé et il me dit que mon ordinateur ne pouvait pas restaurer ce qu'il connaissait, à savoir XP, puisque j'avais installé Ouinessette dessus... Il me promit de faire vite le travail, de m'appeler pour m'avertir quand ce serait fini. Je partis avec mon petit carton à étiquette, sans devis mais avec la garantie orale d'une facture de cinquante euros. Super.

Je suis bien échauffée et j'arrive en avance à mon rendez-vous, mais elle est là, elle sourit et me prend tout de suite. Je soufflai enfin dans le fauteuil moelleux, l'embout dont l'empreinte avait été prise la semaine précédente était arrivé et nous allions voir, ou plutôt entendre... Elle me le glisse dans l'oreille, la prothèse soigneusement vissée sur le pavillon, essai... Un Larsen se manifeste, mais un seul et si l'embout est froid, mon oreille est bouillante. Moui, bon, pas mal. D'accord. Nous fîmes quelques essais de prothèse de secours pour mon autre oreille, car la prothèse fait des siennes et qu'il va falloir l'envoyer pour examen à Saint-Denis, ce qui prendra une semaine avec l'établissement du devis. Mais ce matériel est trop faible, ma surdité trop profonde et je préfère encore remettre un vieil analogique qui va m'arracher la tête, mais au moins avec lequel j'entendrai encore... Cela attendra mon retour, nous avons déjà pris rendez-vous pour mai. Je quitte deux délicieux sourires pour rentrer chez moi attendre le coup de fil du docteur es-ordis-morts. Mais le cinéma me tendait les bras, j'allais voir Gardiens de l'Ordre. Pas mal, sauf que Cécile de France est sexy comme un poteau téléphonique -quoique très bien faite-, Fred Testot, par contre... Pas de coup de fil de mon réparateur.

Toujours à pied, je rentrai chez moi prendre un goûter sur le pouce avant de repartir tranquillement. Le docteur ferme tard, mais je ne voulais pas risquer de le louper et m'y rendis donc vers 19h30. Il fut un peu déconfit en me voyant arriver et me dit que l'installation avait planté et qu'il avait fallu la relancer et que si je voulais, je pouvais repasser d'ici une demi-heure, qui devint vite une "petite heure". Je commençais à être un peu grognon et me dirigeais vers l'avenue, rentrai dans le premier café et commandai une menthe à l'eau au bar. Sur le tabouret avisé, une femme avait jeté très vite son manteau, histoire de bien marquer son territoire avant de retourner fumer dehors. Très aimable, très élégant, il ne restait plus qu'à m'asseoir près du gros dos gris agité... Je m'assis, commandai, payai, observai, me fit profondément ch... sauf quand revient la grossière dont le manège, une alternance de regards périphériques, de bidouilles sur son portable et d'agitation de ses jambes gainées d'un collant noir à bandes latérales blanches, m'amusait beaucoup. Grandeur et décadence de la séduction sur le déclin... Malheureusement, elle partit. C'est alors que le gros dos se transforma en grosse tête barbue, postillonnante et fleurant bon la bière pour me raconter le Maroc et l'éducation des deux jeunes gens que le gros dos m'avait caché jusque là. Ils me regardaient avec des yeux de lapins traqués. Je fis la sourde, en vain. Je fis la tronche à la Gabin en vain. Je demandai deux fois au monsieur de me laisser tranquille s'il vous plaît en vain. La colère me faisait trembler, me colorait doucement les oreilles et je manquai vraiment perdre mon sang-froid quand la nature appela le monsieur saoûl à de plus urgentes activités. Les jeunes gens voulurent tout de suite m'expliquer le pourquoi du comment mais je leur dis fermement un bon "je suis malentendante" qui, bien que totalement oiseux, leur suffit comme explication pour me laisser tranquille. Fallait-il que j'aime mon ordinateur... Je parti en disant au revoir gentiment et ils me répondirent tous volontiers, d'autant plus contents que je n'avais pas explosé. Pendant ma petite montée de vapeur, le plus à gauche que je voyais sur le coté me regardait, roulant des billes de loto, puis regardait le barman en secouant la main et m'indiquant du menton comme pour dire "roh lala la dame elle va péter un câble !", pendant que ledit barman fixait le gros monsieur d'un oeil las et sombre.

Ah, je suis dehors, l'air a fraichi, je resserre mon manteau et me dirige à pas lent vers la boutique on-line. La boutique est déserte, le jeune homme au fond s'occupe de mon ordinateur et me fait asseoir le temps de finir quelques installations. Le silence me fait du bien, je regarde les étagères sur lesquelles s'alignent des tours en bas et des écrans en haut. Je m'imprégnait doucement, me demandant comment Zola aurait décrit cette pièce toute en longueur, moins dans un ordre suspect que dans un désordre organisé, la surface du comptoir gris me rappelant celui de ma cuisine, les piles de portables, le verre blanc d'un café oublié derrière un écran, des fils, le tout noyé sous une lumière relative, très relaxante aussi. Il est tard, mais le jeune homme est bavard, content de me faire sourire, content de retenir mon attention avec des anecdotes et des conseils. D'autres clients se présentent, il est fatigué mais accueille aimablement ces messieurs, deux rastas cools et souriants et je le quitte sur un merci et un "à pas trop bientôt !" qu'il répète machinalement, sans relever l'étrange dans la formulation.

 

Dans la rue, l'air a encore fraichi et je regagne mon appartement d'un pas tranquille au début et plus pressé à la fin, pour quitter le bruit des avenues, regarder mes mails qui sont nombreux et dîner d'un substitut de repas hypo-gustatif mais hyperprotéïné. A mon retour, le modem remarche complètement. C'est bien la seule chose à avoir l'air normal, aujourd'hui, ce farceur...

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mume 23/04/2010 08:44



La boutique que tu décris ressemble à mon appartement, seule différence le matériel entreposé.


Et une autre bien plus importante, il n'y a pas de "jeune homme"...même de mon âge à zieuter!