Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

De la posture...

Publié le par Ardalia

Chers lecteurs, laissez-moi vous faire part d'un agacement ancien qui a trouvé encore une raison de se réactiver il y a quelques temps.

Ayant oublié si je vous en ai déjà parlé, veuillez m'excuser de cette éventuelle répétition. Vous vous souvenez sans doute de mes problèmes de dos. Depuis deux ans, maintenant, je souffrais de l'articulation de la cuisse droite dans le bassin, de toute la moitié inférieure droite de ma colonne vertébrale, de l'omoplate gauche et droite plus ou moins alternativement et d'une sensation de décrochage de l'épaule gauche. Il s'est avéré que j'avais uns scoliose et trois discopathies, une compression telle de certain nerf que si je me forçais à marcher, non seulement j'avais de plus en plus mal à la hanche, mais ma jambe ne répondait plus et s'engourdissait, comme une joue après l'anesthésie du dentiste.

La douleur s'est mise à peser lourd sur mon moral, ainsi que la culpabilité, car tout ce que l'on me disait, c'est que je me tenais mal et que j'étais trop tendue. Raison pour quoi je me rongeais à essayer de comprendre de quelle faute je me punissais ainsi, quel refoulement se cachait dans cette "mauvaise" attitude.

 

Puis j'ai rencontré un osthéopathe (médecin) qui m'a fait les trucs d'osthéopathe habituels pour décoincer les zones, décrisper les muscles et soulager les nerfs. Malgré cela, mes douleurs réapparaissaient obstinément... Au bout de trois séances, trois séances seulement, rendez-vous compte ! Au bout de trois malheureuses séances, il m'a dit : ce n'est pas normal, vous devriez aller mieux. C'est donc que mon traitement n'est pas adapté, j'ai atteins les limites de ce que je sais faire. Cette résurgence de la douleur et des tensions me donnent à penser que c'est un problème de posture. Je vais donc vous confier à mon collègue, le docteur M* qui est posturologue et qui saura sans doute quoi faire pour vous soulager.

Marquis, d'amour vos beaux mots mourir me font !

J'appris donc un nouveau mot et me rendis auprès de cet autre médecin (généraliste, osthéopathe et, donc, posturologue). Il confirma rapidement l'intuition de son collègue et me mis sous traitement posturologique. Celui-ci consistait alors en le port de semelles spéciales et la prise régulière d'un collyre. Je crois pouvoir dire sans exagérer que ma vie changea immédiatement. Très vite, je sentis ma hanche soulagée, cette douleur spécifique qui me faisait redouter de poser le pied, qui me faisait calculer les distances à marcher, qui me faisait culpabiliser d'être assise et de "mal" me tenir (car c'était bien ma faute, n'est-ce pas ?) avait disparu. Pchit. Également, je dus me rendre chez une orthoptiste qui me fit loucher de façons dont j'ignorai que ce fut possible, sur des oursons, des abeilles rouges, toutes sortes de choses plantées sur les crayons, les yeux derrière des primes biaisant la focale (je ne vois pas comment dire autrement, désolée). Les douleurs n'avaient pas toutes disparu et d'autre étaient apparues, notamment, une douleur à l'oreille gauche qui me fit découvrir la surface exacte du muscle et le tracé du nerf, douleur très accentuée par le port de prothèse, malheureusement.

Ici, quelques explications sur ce que j'ai compris de la posturologie s'imposent. En communication constante avec le corps, le cerveau se crée un schéma corporel, qui lui permet de maintenir l'équilibre du corps (exercice fabuleux de complexité), y compris en mouvement. Mais, dans certains cas, les informations envoyées par le corps sont insuffisantes ou déséquilibrées. Le cerveau cherche donc à récuperer des informations et à recréer un équilibre du flux informationnel ; pour ce faire, il modifie la posture. Certaines personnes, toutes biscornues, s'en sortent sans douleur et d'autres, avec un poil de posture de travers souffrent comme des folles. Ce sont des mystères de la neurologie... Bref.

 

Je fus amenée, dans le cadre privé, à rencontrer une médecin à qui, limpide naïve que je suis, je voulus parler de cette merveille qui m'arrivait : après des années de souffrance et de claustration, la redécouverte de la mobilité et des douleurs très amoindries et bien plus ponctuelles. Las, mal m'en prit ! Elle leva les yeux au ciel, assura que les posturologues prenaient en charge "n'importe quoi !", que "personne n'est symétrique !" (le rapport ?) et que même les "placebos fonctionnent !" (et ça ne l'interroge pas ?) J'en ai pris plein la tête de cris, de roulement d'yeux, de moue exaspérée, dégoutée, de gestes définitifs. Nous en restâmes là sur ce sujet, mais la virulence avait percé mes défenses. Je fus choquée par ces propos qui ne prenaient soin en rien de moi, ni en tant qu'amie (naïve, vous dis-je), ni en tant que patiente. Elle m'avait clairement blessée.

 

Je poursuivis mon traitement, l'orthoptie prit fin avec les félicitations du jury. Je luttai contre la "pertubation" pour prendre mes gouttes, mais le venin faisait son chemin... Je pris enfin mon courage à deux mains et écrivai à mon osthéopathe (le premier, parce que je l'aime bien et le comprends mieux que mon posturologue, néanmoins, je l'ai autorisé à lui faire suivre mon courrier et la suite montrera que j'ai bien fait). Je lui racontai cette anecdote et les répercussion qu'elle avait traitreusement infiltrées en moi, malgré ma confiance en lui et son collègue. Il me répondit que les "médecins positivistes" étaient prêts à nier l'évidence d'une progression si son explication ne rentrait pas dans les petites cases (je reformule) de leur compréhension. Le posturologue, que j'ai vu hier m'a dit la même chose, son souci de me rassurer, de me fournir des explications claires sur ce qui est su en posturologie et ce qui relève encore de l'intuition, m'a fait aussi chaud au cœur. J'ai là deux médecins qui se fichent d'avoir raison contre le patient s'il le faut, mais qui sont axés entièrement dans le soin, du corps, du cœur et de l'esprit. Cette franchise, cette modestie, cette confiance en eux et en l'autre m'ont vivement impressionnée, vous le comprendrez sans peine. Quels médecins sont capables de cela ?

 

Combien, combien je comprends leur colère ! Non, la raison n'est pas tout, non, on ne doit pas faire reposer tous nos actes sur elle ! Savez-vous que la technologie de l'IRM a montré que lors d'un test visuel de surgissement aléatoire d'images positives ou négatives, le cerveau sait si l'image sera négative ou positive avant qu'elle soit apparue devant les yeux ? Pas très brièvement après, pas en même temps : avant... Cet exemple montre simplement une chose : le cerveau a des capacités dont nous n'avons pas idée. Nous pouvons en avoir des intuitions, mais pas toujours poser des idées claires et nettes, une raison bien lisse dessus. Non, nous ne pouvons pas tout savoir, et nous ne saurons jamais tout !

Regardez l'histoire des neutrinos... le savoir et, partant, la raison sur lequel elle repose, est en constante transformation, on ne peut, raisonnablement — Eh oui ! —, fixer une raison raide sur un socle meuble ! Sois elle suit, sois elle s'effondre ! La raison, la vraie, celle qui voit le savoir pour ce qu'il est, sait profondément à quel point il est tout petit par rapport au réel...

Il y a bien longtemps que je crois qu'il faut être fou pour ne se reposer que sur sa raison, ou froussard... Si l'on va au bout de la raison, on sait profondément qu'on ne sait rien, malgré que tout nous parle autour de nous, nous ne comprenons qu'une part infime de ce qui est dit ! Regardez les hommes, toute cette souffrance : qui l'entend, qui y répond ? Qui répond à la peur réelle ?

Sur les trois médecins rencontrés, je vois qui m'entend, qui me répond et qui veut avoir raison, en dépit des faits et se moque — mais d'une force ! — de mes sentiments...

 

Le traitement se poursuit, il ne cessera jamais pour moi, car, sauf miracle, je cesserai jamais d'être sourde et bigleuse. Aux semelles est venue s'ajouter une talonnette que je porterai aussi tout le reste de ma vie, parce que j'ai une jambe plus courte et qu'elle participe du déséquilibre du corps. La talonnette sert à rééquilibrer le corps, les gouttes aussi, en améliorant ma vue. Les semelles servent, elles, à détruire l'ancien schéma corporel bâti sur des informations déséquilibrées. Avec le temps, le cerveau va s'en créer un nouveau qu'il faudra sans cesse réactiver. Résultat, après quelques mois, j'ai toujours mal ici et là, mais ponctuellement et de moins en moins. Je peux marcher à nouveau sans plus en payer le prix, car ma hanche est dans une bonne position, que ma scoliose se dévrille... Les tensions ont quasi disparu, j'ai ici une pensée pour tous ces kinés qui m'ont fait vigoureusement savoir que je me tenais mal, qu'il fallait que je me détende, hein, vous êtes toute tendue ! Ah ben ouiche, j'étais toute tendue... Je tourne la tête d'une façon telle que je n'en ai pas souvenir, l'impression vague d'être un hibou ! Oui, quand toute la colonne est de travers, sa flexibilité diminue. Mon corps et mon esprit vont de mieux en mieux, mon bras gauche se remuscle tout seul mon pied gauche s'est remusclé la voûte sans rien dire... J'ignore ce qui se passe dans mon cerveau, à part qu'il répond au traitement, fléchit, s'adapte, que sa plastique de fonctionnement souple quoique ferme est en train d'évoluer vers une forme nouvelle, plus saine. Il n'y a pas que lui, d'ailleurs...

 

J'ai revu cette femme médecin, il y a quelque temps. Elle lisait un livre sur les neurones miroirs. Comme je l'interrogeais non sans malice intérieure sur cette lecture, elle m'a dit combien il était difficile de changer son schéma de représentation du monde... Ah ça ! tu l'as dit bouffie !

Bonne route !

 

________

Notes

Pour en savoir plus sur la posturologie.

Commenter cet article

ckan 12/11/2011 22:01



Et la psychanalyse dans tout ça ?



Ardalia 17/11/2011 14:04



Elle est en stand-by, depuis trois mois, car je dois redresser mes finances.



brendufat 07/11/2011 17:33



Ca me rappelle que j'ai dégotté l'autre jour un de ces petits Saint-Véran qui... que... enfin bref, faudrait que tu goûtes :-)



Ardalia 07/11/2011 18:39



C'est du blanc ? Je ne suis pas très "blancs", moi... Va voir ça, au lieu ce dire des bêtises
(rien à voir avec le loukoum).



brendufat 02/11/2011 18:19



Il est toujours doux et bon de lire "Je vais mieux".


Et qu'importe le flacon... :-)



Ardalia 02/11/2011 18:45



Bien d'accord ! René, remets-nous z'en un ! ;)



Martin 01/11/2011 10:43



Heureuse nouvelle


moi aussi je vais vers les médecins humains, les fouineurs, ceux qui ne se contentent pas de ressortir leurs cours et leurs certitudes


les médecins qui écoutent et qui se posent des questions


les franc-tireurs


souvent à la marge


 


belle bibliothèque au fait :-)



Ardalia 01/11/2011 11:30



C'est difficile de rencontrer de telles personnes et, partant, d'autant plus précieux.


C'est une CDthèque, mais merci ! :)



Anna 01/11/2011 10:07



Je me suis mal exprimée, on dirait ! Je répondais à la portion spécifique de ton article qui parlait du placebo, mais ce que tu dis de la posturologie paraît effectivement logique, même si pas
encore scientifiquement prouvé. Mais ce qui compte, c'est bien que tu en ressentes les effets et que tu ailles mieux. :-)



Ardalia 01/11/2011 11:25



En effet, merci ! :)