Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Citoyen, tu sais rien

7 Octobre 2009, 14:25pm

Publié par Ardalia

Chers lecteurs, je fais une bien mauvaise citoyenne. En effet, le plus souvent, je suis bien en peine de trouver en moi une intime conviction qui l'emporte sur tout le reste. Il arrive que mon intime conviction aille à l'encontre de mes idées en matière de société et je choisis alors que ce sont les idées qui auront le dessus. Par exemple, je suis contre l'avortement, il me semble que c'est une chose bien triste à faire au corps, à l'âme, à la vie ; pourtant, je suis pour le droit à l'avortement, pour que ce soit légal et contre toute pression quelle qu'elle soit envers les femmes qui désirent se faire avorter ou les médecins qui pratiquent l'avortement (comme il en a aux États-Unis ou en Espagne). Et je saigne pour les irlandaises (toutes les autres) obligées de procréer à leur corps défendant. L'empathie ne suffit pas pour asseoir les convictions.
Je multiplie les sources d'informations pour avoir différents points de vue sur des options politiques et sociales, afin de ne pas stagner dans le creuset chrétien, bourgeois et gauchiste qui m'ont légué mes parents. Il faut dire que si je ne me suis jamais renseignée en profondeur sur la chose politique, j'en ai vite eu marre de n'entendre comme argumentation que "Machin, il est bien, Bidule il pue". Pour autant, nourrie de sources différentes, enrichie de divers renseignements, je serai bien en peine de défendre un bout de steack politique contre vents et marées. Il est tellement difficile, voire impossible de démonter les argumentations comme légitimes ou biaisées, comment savoir la vérité, dégager des principes, élaborer des opinions éclairées ?
Bien sûr, il serait plus facile de faire comme la majorité des gens, rester dans l'ornière qui m'arrange, en position d'intellectuel ou d'humaniste, de dominant, de dominé, d'entrepreneur, de salarié, d'ouvrier, de blanc, d'immigré, de femme, etc. Malheureusement pour moi, dès que je m'énerve sur un sujet politique, à vouloir "moucher les cons", il ne s'est pas passé deux minutes après la retombée que je ne me retrouve dévorée de honte, à contre-argumenter mes propos, à me prouver le contraire de ce que j'ai affirmé en toute bonne foi et avec une conviction intime qui, de cette contre-attaque, ne se remet jamais tout-à-fait... Par ailleurs, plus j'examine la légitimité des idées et la façon dont elles sont présentées, plus j'y vois des egos se mettant en scène, tenant des discours, faisant exercice de rhétorique plus que de raison "pure". Sans doute que la sagesse politique serait d'abdiquer tout désir d'objectivité et de me soumettre à mon ornière d'assistée, handicapée, célibataire, agnostique, châtain à gros nichons, française, yvelinoise, allergique aux métaux, etc. Vous me direz que c'est la démocratie, à l'image de l'homme, subjective, perfectible, exigeante.
Mais lorsque je me regarde, je vois bien que l'exigence, ce défaut qui surnage tout chez moi, n'est qu'un effet du fait que je suis malheureuse... Et ce trait-là, il est valable partout, chez tous. Le tranchant, l'intolérant, le je-sais-tout qui vous écrabouille de sa science, il est malheureux, d'abord et avant tout. Si l'on réclame, c'est bien que l'on n'est pas plein...
Des études de psychologie ont montré que, contrairement à ce que nous croyons aisément, les gens les plus intelligents ne sont pas automatiquement les plus malheureux. En fait, les courbes du quotien intellectuel et celle du sentiment de bien-être et de bonheur ne se recoupent pas, elles n'ont rien à voir. Je veux dire par là que les gens qui crient le plus fort au scandale ou à l'injustice ne sont en aucune manière les mieux placés pour raisonner froidement sur ces questions, peut-être même : tout au contraire. J'ai le sentiment de n'entendre que des gens malheureux, ce qui fait que je me demande où sont les gens heureux et je les devine dans l'ombre... Je les ressens obscurs, sans tribune, sans école ou alors confidentielle, je les débusque dans les silences, dans un bonheur sans leçons à donner. Pour moi, les gens heureux n'ont pas de leçon à donner, ils savent que les mots n'ont de pertinence qu'à hauteur de l'amour qu'ils véhiculent. 
Idéaliste, je suis, sans doute. Mais peut-être aussi du pragmatisme le plus limpide : ce qui nous arrive de moche, ce n'est pas de perdre notre emploi, puisque l'on peut passer sa vie à deviser, à profiter, à voyager, à faire plein de choses autres, travailler n'est qu'une facette culturelle, par universelle ; ce qui est universel, universellement moche, c'est le besoin absolu d'amour. Non, je n'ignore pas l'argument économique, nous avons besoin d'un toit, de nourriture de quelques enfants (pas trop) et d'un certain sentiment de sécurité pour être heureux, ce sont d'autres chiffres qui le disent. Tout ceci donné, sans amour, qu'est-ce que ça vaut ?
Par ailleurs, si l'amour préside à nos actes, quelle importance notre métier ou l'activité qui nous occupe ? Jésus ne dit pas au collecteur d'impôt de changer de métier ou de voter contre les romains, il place l'amour et la bonté avant tout. Cela ne m'aide pas beaucoup, car parmi nos politiques sociales ou de la ville ou de l'Europe, parmi nos dirigeants, qui est aimant ? Certains, sans doute ! Ceux qui agissent dans l'ombre, dont les triomphes explosent dans d'assourdissants silences, ceux qui ne brandissent ni cocardes, ni étendards. Mais où sont-ils, eux ? Sont-ce eux qui prennent les bonnes décisions politiques ?
Je n'y connais rien en histoire, en politique, en macro- ou micro-économie, le peu que j'ai appris ne m'a pas fait progresser vers une objectivité bonne ou quelconque, mon talent n'est pas une bonne mémoire des textes de lois, c'est le ressenti des choses et des hommes, je suis un instrument à émotions, pas un chantre du savoir. Pourtant, c'est important, le savoir, l'objectivité, je ne vais tout de même pas voter comme on joue aux dés. Quoique, qu'ai-je fait d'autre ?
A ce texte, il n'y a pas de conclusion, contrairement aux matières spirituelles où l'incertitude me plaît, les matières politiques me semblent avoir besoin de réponses fermes, de convictions solides. Alors je ne sais pas.
Où est le bien commun, au fond ? Qui est à même de le servir vraiment ? Les hommes et les femmes revendicatifs, sûrs d'eux, hâbleurs sont-ils bons pour prendre soin de tous ? La croissance est-elle inévitable, la décroissance souhaitable ? Le capitalisme est-il seulement moralisable ou est-ce une utopie ? L'amour est-il du coté pro-life ou pro-choice ? Si le mieux est l'ennemi du bien, pourquoi courons-nous après le mieux ? Savons-nous seulement où est notre bien ? Si je ne sais pas où est mon bien, comment puis-je décider où est le vôtre, le nôtre ?

Un peu de jus de mots, à quoi ça sert...

Commenter cet article

wassy 27/10/2009 16:26



Bonjour "Ardalia",


Réflexion très juste qui résonne bien avec mes propres interrogations.


Merci,


A+


BB.



Ardalia 27/10/2009 22:53


Mais qui ne répond à rien ! 
Hé, bienvenue, Wassy... ;) 


Cactus 12/10/2009 16:52


alors , aux larmes mitoyennes , citoyens !?


Ardalia 13/10/2009 08:42


Bof, en France, il paraît que tout finit toujours en chansons...


sel 08/10/2009 14:09


Je dois reconnaître que ce cynisme d'enfant déçu, il est mien, en particulier dans le domaine de la politique ! par exemple, j'ai tendance à penser que politique et amour sont incompatibles. Ce qui
est probablement faux. Mais ça consisterait en quoi, l'amour en politique ? Faire que tout le monde soit heureux ? On sait combien c'est impossible, et source d'horribles choses... Contenter les
intérêts plus ou moins particuliers (mais toujours contradictoires) de tout le monde ? Tout aussi impossible.
(sauf peut-être, au niveau local. Et encore)

On en arrive donc aux questions classiques : "dis, c'est quoi l'amour ?"



Ardalia 08/10/2009 22:42


Sel, ça pourrait peut-être commencer par une certaine morale des hommes, de ce coté-là, les valeurs de De Gaulle avaient une sacrée autre gueule. Ca peut se poursuivre par le respect réel des
interlocuteurs, le sens de l'écoute et la mesure de la parole. En ce moment, je pense souvent à cette phrase de Chirac, les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent ou les croient, je ne sais
plus bien. L'amour en politique, ça peut commencer à l'opposé de ça, non ? Je me demande vraiment si c'est possible, si des gens s'y efforcent, si...
Après, une politique de l'amour, ça devient nettement plus sportif mais pas impossible, n'est-ce pas ce qui tenté au Bouthan ? 
Le cynisme, je suis la première à foncer dedans, tout le temps, je crois quand même que c'est un échec intellectuel et affectif, pour ne pas dire spirituel. On est perfectibles, pas foutus.
;) 


sel 08/10/2009 09:35


Oh, que je me reconnais dans tes mots ! (sauf pour ce qui est de s'informer à différentes sources : je n'ai tellement plus le courage...) jamais de certitudes, ou d'intimes convictions, c'est
vraiment une situation inconfortable.
J'aime ce que tu dis sur le fait qu'il n'y a pas de lien entre l'intelligence et le bonheur/malheur. Voilà une idée reçue que je suis contente de voir abaissée.
Par contre, désolée, mais je n'ai aucunes réponses à tes questions, forcément...(juste que je déteste l'expresion "pro life", parce que les autres ne sont pas "pour la mort", faut pas exagérer, ils
n'en ont juste pas la même définition, et c'est très différent. Ou plutôt, il y a encore plein de catégories à l'intérieur des "pro life" et des "pro choice" qui font que je n'aime pas trop ce
terme)


Ardalia 08/10/2009 10:30


J'ai cédé à la facilité d'une bonne phrase dérangeante pour pro-life et pro-choice, tu as parfaitement raison quant au contenu idéologique biaisé de ces dénominations.

L'idée de l'intelligent malheureux sert beaucoup l'idéologie que l'on nous vend, celle d'un cynisme résigné repeint sous les traits du réalisme. Si on pousse le trait, on est tous pourri, alors
autant s'en foutre plein la lampe. Ou alors, si les pauvres étaient à notre place, ils feraient pareil. Sous un point de vue anecdotique, on peut voir que le philosophe qui se vend et se lit le
plus en France, c'est Cioran, un summum de cynisme désabusé. Pourtant, du point de vue philosophique, il n'a aucun intérêt, au contraire d'un Lévinas. Mais ce cynisme noir, ça fait intelligent et
de l'autre coté, on se dit que si ce type si intelligent (et il l'était !) était pessimiste, rien ne sert de vouloir avoir raison contre lui... En fait, ce qui se produit réellement, c'est qu'il
répond à une angoisse qui est déjà en nous et il est plus confortable de croire cette angoisse réaliste que de la prendre pour ce qu'elle est, un défaut d'amour (de soin, d'attention, etc.) au
cours d'une histoire oubliée. Le cynisme, c'est une colère d'enfant déçu, pas la manifestation d'un cerveau éclairé...
Nous plaçons toujours nos convictions du coté de la raison, d'une façon très déraisonnable ! Quel que soit le résultat d'une élection, ceux qui ont "gagné" penseront toujours que la raison a
triomphé, ceux qui ont "perdu" que c'est la bêtise qui a dominé, cette fois. Je dis parfois que "les gens sont des veaux", il y a du vrai, mais qui suis-je, moi ?! C'est pour ça que malgré mes
examens de ci et de ça, j'en reviens toujours à l'amour. Mais où est-il en politique ? Etc.


Phil 08/10/2009 08:34


On peut très bien se refuser l'avortement pour des raisons persos et l'accepter pour les autres. Chacun son histoire, son contexte, ses croyances. 
Il n'y a pas là de contradiction, il s'agit simplement de différence.
L'inverse ferait peur, non ? 


Ardalia 08/10/2009 10:01


Phil, oui, mais c'est tout de même complexe à tenir. J'aimerais avoir les idées aussi "claires" sur beaucoup d'autres choses...