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Un gâchis esthétique

Publié le par Ardalia

...ne sauve pas de la médiocrité.

Chers lecteurs, vous allez rire, j'ai eté punie.
Jamais, depuis I-Robot, je ne m'étais autant emmerdée au cinéma, c'est dire. D'ailleurs, j'ai eu du mal à ne pas m'endormir sur la fin malgré certaines images qui voulaient toucher au grandiose. Que c'était long, mon Dieu ! Et lent ! Et creux !
Lecteur, vous allez rire, je suis allée voir the Watchmen...

Il faut dire que j'avais déjà un a priori négatif, j'étais (et suis toujours) en cours de lecture de la bédé, le comic, si vous préférez. Rah la vache ! Une bédé des années 80, à l'esthétique hideuse, raide, plate et moche. Les personnages ont l'air de déclinaison de Barbie et GI Joe, même leur courbes ont l'air droites. A part les images-atmosphères ou de paysages , sans histoire où le coloriste a pu s'éclater dans des dégradés somptueux, les couleurs sont moches, violentes, d'une triste puissance, en des aplats précis et froids.
L'histoire est aussi années 80, amère, paranoïaque, pessimiste et apocalyptique : Dieu est mort, l'humain agonise, écrasé sous la violence, on est tous pourri mais l'amour surnage, comme une utopie sublime, pâle et fragile edelweiss sur un charnier puant. Après on s'étonne que ma génération reste un peu infantile, mais fanchement, les mecs, vous avez vu ce que vous nous avez vendu comme poésie de la vie ? Vous croyez vraiment que c'est séduisant ?

Je ne vais pas vous raconter l'histoire mais sachez que, comme toujours, les super héros nettoient les méchants punks et autres violeurs des rues ou de super méchants à costumes, eux aussi, mettant le super boxon dans la super ville. Malgré la réflexion poilitique qui sous-tend la bédé, remettant les valeurs de l'"Amérique" (id. les Etats-Unis), la guerre froide, même le Viêt-Nam, la réflexion ne prend pas son envol, l'american way of life est bien conchié mais sans démonstration réelle du motif de sa pourriture intrisèque, ce qui prouve bien que l'amerture ou le sarcasme sont loin de suppléer à une réelle analyse... (ce paragraphe peut être sujet à caution, je n'ai pas fini la BD) Mais enfin, cette dimension riche (tout de même) du roman graphique a disparu du film ! Alors, que reste-t-il de nos amours ? Pas grand-chose...
Si, le film est plus beau, les personnages de chair et de mouvements ajoutent beaucoup à l'univers raide du papier, les couleurs bénéficient de tous le talent et le savoir accumulé par les graphistes depuis Blade Runner, ce qui n'est pas rien. Heureusement qu'il y a cela car de poésie, point... Dans le roman, il y a une sorte de mise en abîme très intéressante, l'histoire affreuse d'un rescapé à l'attaque de pirates, un pauvre type perdu et seul sur l'océan, obligé de commettre l'infâme pour survivre, une allégorie infernale mais grandiose, le second degré qui sauve tout du médiocre sarcastique et noir, et d'ailleurs dont les couleurs sont à elles seules un poème, une ode à la folie. Cette histoire enchâssée, c'est un classique, mais qu'importe quand il ajoute véritablement à l'œuvre ce qui est le cas ici : qu'en reste-t-il dans le film? Nib de nib.
Comme d'habitude, les exigences supposées d'un public donné pour abruti ont présidé au choix décideurs, on enlève le profond, on garde le kitch, le sentimental, on ajoute du cul et de l'esthétique. Ah, c'est fidèle à la bédé, hein ! Mais vidé de sa substance, de sa profondeur, de sa réflexion. Ne reste d'osé que la remise en question de Dieu qui n'est peut-être, finalement, qu'un extra-planète vaguement humain. Diantre. Bon, peut-être qu'en effet, c'est révolutionnaire pour un public américain dont le président jure sur la Bible ou qui doit se confédérer en communauté revendivattice pour asseoir son athéisme ? Soit.
Personnellement, je suis ressortie de ce film riche de quelques belles images et appauvrie de 2h30. Tant pis. Punie, vous-dis-je...

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mixlamalice 16/03/2009 19:02

Bonjour,Pour me présenter, je ne suis pas un fan de la BD qui cherche toutes les critiques de films par des blogueurs: en fait je lis souvent le blog de Djac Baweur et par voie de conséquence de temps en temps le votre. Comme j'ai vu le film récemment, et que je ne connaissais pas la BD, et que j'ai pas grand chose d'autre à faire là maintenant, voici ce que j'en ai pensé: je trouve la fin complètement con, n'ayons pas peur des mots. J'ai du mal à concevoir qu'un espèce de demi-Dieu bien membré ainsi que l'"Homme le plus intelligent du monde" puissent vraiment croire qu'une paix basée sur l'existence d'un ennemi commun à détruire soit non seulement viable, mais même souhaitable... Et que ces mêmes crétins super-intelligents ne pensent même pas que Rohrsach (le seul personnage que j'ai trouvé intéressant) puisse laisser des preuves de ce qu'ils ont fait... Ca donne pas une haute idée de l'intelligence humaine si ces deux abrutis sont ce qu'il y a de plus intelligent. Sinon ça se laisse voir mais comme beaucoup de films de supers héros c'est un peu mou du slip à mon goût. Désolé quand je vais voir un mec en collant moule-paquet, j'y vais pour voir de la baston, pas pour avoir de la pseudo-analyse socialo-psychologue (à croire que les réalisateurs de films de supers héros font un complexe et essaient d'être crédible auprès du cinéma d'auteurs...).

Ardalia 16/03/2009 19:51


Bienvenue Mix ! En effet, c'est une adaptation, un film de fan, et seuls les fans savaient que ce n'était pas un truc de baston. Je suis tout à fait d'accord quand à la grande intelligence, mais
bon, c'est de la BD à la base, assez audacieuse dans sa démarche, après, c'est une question de goût.
Moi, les deux m'ont emmerdée donc je suis contente quand on est d'accord avec moi! ;)


gonzague 16/03/2009 12:43

Certes, ma chère Ardalia. Je suis de retour après quelques mois d'errance. Mais dis-moi, je sais que cela ne me regarde pas, mais pourquoi es-tu passée chez l'ennemi, à savoir Over-Blog ? (chez qui j'étais également il y a quelques années)

Ardalia 16/03/2009 13:53


Cher Gonzague, au risque de me montrer fort prosaïque voire rédhibitoirement triviale, force m'est d'admettre que, si tu veux bien me passer l'expression, c'est la crise. Mes finances venant à
s'amenuiser de façon relativement drastique, voire assez catastrophique, j'en conclus que dépenser 150€ par an (la version pro chez taïpepad) pour un blog et seulement un blog relevait de la plus
grande inconséquence, eu égard à la bonsensitude.
OB, dans ma culture, c'est une marque de tampon hygiénique alors je n'étais pas plus tentée que ça (sans parler de "over" qui me rebute) mais j'ai des copains sur la plate-forme et pis elle est
gratos. C'est ça le truc.


Gonzague 15/03/2009 13:53

Flûte! J'ai été littéralement emballé par ce film, certes long, mais bon. Je ne connaissais pas le "comic". L'atmosphère est bien noire, le scénario complexe, les acteurs très bons, surtout Jackie Earle Haley dans le rôle de Rorschach. Je ne suis pas un grand ami des ralentis, je les considère bien souvent comme des bouche-trous utilisés la plupart du temps par des réalisateurs tentant visuellement de pallier les carences d'un scénario tout pourri (le meilleur exemple reste John Woo et son fameux Face-off. J'en ris encore aujourd'hui, 12 ans après sa sortie); mais pour le coup, même les très nombreux ralentis de Watchmen contribuent à l'ambiance sombre et désabusée, apocalyptique, justement, du film. Quant à la poésie manquante, je trouve ce point justement primordial et suis convaincu que la noirceur du tableau et l'absence dans celui-ci de toute trace d'espoir correspond à l'idée que l'on pouvait se faire d'un futur redouté dans les années 80. A savoir que le bien n'est pas forcément tout blanc, que le mal est quelque part tout noir, et que nous tendons toutes et tous vers le mal, que le retour à un bien fantasmé ne pourra être rendu possible que par le mal. Après, d'un point de vue purement personnel, y a du cul. Alors forcément, j'ai bien aimé.

Ardalia 15/03/2009 19:23


Cher Gonzy, c'est bien plaisant de te retrouver chez toi et dans ce nouvel ici.
Il est probable que mieux vaut ne pas avoir lu la BD, un connaisseur me disait hier que les ralentis servaient justement à meubler les "ah zut, là j'ai rien à dire", donc bon, tout est
relatif...
Certes il y a un peu de cul, d'ailleurs c'est un plus du film, on voit la quéquette du Dr Manhattan, mais quelque chose me dit que tu pensais plutôt aux scènes torrides.
Maintenant, tu as aimé, tant mieux ! Je ne demande à personne de bouder son plaisir.


Umanimo 14/03/2009 23:20

Pas lu le film, ni vu la BD (ou le contraire), donc je ne peux pas en parler. Je te crois volontiers par contre sur la capacité qu'ont en général les scénaristes zet réalisateurs pour ne garder que l'enveloppe d'un écrit et en enlever le contenu.Il n'y a que Tim Burton pour arriver à faire aussi bien et même parfois mieux (ah! Charlie et la Chocolaterie) ou du moins un "différent" qui vaut le coup.Par contre je suis étonnée du début de ton texte "Jamais, depuis I-Robot, je ne m'étais autant emmerdée au cinéma". Moi, j'ai bien aimé I-robot. Jusqu'à le regarder plusieurs fois en dvd.Bon par contre, il vaut mieux faire abstraction du fait que c'est sensé être tiré des histoires de robots de Asimov. Parce que ça n'a rien à voir en fait.UMA

Ardalia 14/03/2009 23:51


J'ai revu récemment I-Robot à la télé, je l'ai trouvé assez sympa et distrayant, bien plus que dans mon souvenir. Sans doute que la première fois, j'avais la tête à plus profond. Pis d'abord de
gustibus non disputandem, na ! ;)
je ne suis pas du tout au fait à propos des adaptations ciné en général ou d'animation en particulier, je sais juste que je suis et serai longtemps sous le charme de Ghost in the Shell qui est
adapté d'un jeu vidéo, je crois.
Je crois qu'on sera d'accord pour dire qu'une adaptation est aussi une création, même si c'est moins sensible que dans une création -disons- complète, et que tout fidèle qu'il soit ou doive être,
le film doit apporter à l'œuvre écrite ou dessinée. J'ai le sentiment, dans les adaptations américaines, souvent, qu'il y a un attachement à l'image, à l'effet, qui aseptise le discours artistique.
Regarde les meilleurs Batman, ce sont les plus personnels : Burton et le dernier que je n'ai pas vu. Le risque du manque de création c'est ce qui arrive avec ce film, un produit excellent mais sans
chair.


Ardalia 14/03/2009 17:28

j'ai oublié de parler du rapport au temps et à l'histoire, deux thématiques un peu balourdement traitées mais prégnantes du roman graphiques totalement passées à la trappe dans le film...Punie vous dis-je !!