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Au rire perdu

Publié le par Ardalia

J'ai mis quelque jours à comprendre ce qui avait changé. Bien sûr, la gestion du quotidien est légèrement dopée, il m'est à nouveau possible de faire des efforts volontaires, mais le grand changement, je l'ai entendu dans mon rire.
Je sors ce jour de 4 mois d'efforts financiers assez durs, puisqu'à l'effort très rude 1 (frais dentaires) se sont ajoutés les efforts impromptus 2 et 3, allant -encore heureux !- décroissant.
Cela a eu des effets positifs : je me suis mise à cuisiner, j'ai écoulé tous mes stocks de produit d'hygiènes auparavant boudés pour cause de senteur déplaisantes aux nez de la duchesse ou autre raison terrible et oubliée. D'autres effets moins glorieux sont apparus, j'ai encore grossi et le ménage hebdomadaire auparavant pendulaire s'est trouvé quelque peu perturbé voire destructuré sur plusieurs jours quand il ne sautait pas l'échéance.
Ne plus sortir pour ne pas déprimer devant les vitrines (ne pas attraper de virus), limiter les promenades pour ne pas être tentée de prendre un sirop à 2 précieux euros, ça m'a rappelé toute mon enfance finalement, sans le secours de la magique nature... 4 mois sans transports (ici, pas d'aide de la ville comme à Paris), sans vie sociale (au revoir Toulouse Carnet) ou presque (merci Emi d'avoir été là, toi) en hibernation rance, à compter ses sous avec une ladrerie obscure, à suer tout le long du mois et plus seulement la fin.
La barque s'est maintenue grâce à l'aide familiale et à la vente de quelques dvds en ligne, en plus d'un drastique serrage de vannes..
Il n'y a rien là de terrible, rien que je n'aurais traversé avec le sourire, pour peu que j'ai été campée un compagnon d'infortune, car j'en ai vu d'autresaprès tout. Rien de bien grave si ce n'est la sècheresse de la solitude, la douleur accentuée de la sclérose de l'espoir qui me mine depuis plus d'un an et la télé vomissant "crise crise crise", "chômage", "récession", "grèves". Quatre mois sans psy aussi, les remboursements n'étant plus ce qu'ils étaient, je suis sans doute trop riche pour la sécu. Quatre mois sans visite au moindre médecin, sans la moindre molécule chimique, grâce à quoi la nature sur moi à repris ses droits impérieux et ignorants de la négligence extérieure, de la déréliction sociale, de la misère affective.

Ca y est, c'est fini, je peux déplier l'échine, ne plus regarder que le bout de mes pieds mais tendre le cou vers l'extérieur. Depuis deux jours la différence était là, un regain d'entrain, une plus grande facilité à remonter la pente d'une humeur sombre assez. Et il est revenu, enfin, mon rire ! Quel soulagement, mon Dieu...
Mon rire est de retour, large, long, hululant parfois ; étonnée de sa liberté, la voix part sans complexes dans les aigus, pas du tout séductrice, sans contrainte, nature, libre...
La semaine dernière, n'en pouvant plus de ce croissement rauque qui l'avait remplacé, j'ai failli écrire un billet à se sujet, retenue par un reste de pudeur, dans la crasse, on tient à ses miettes de dignité. J'en avais si mal de cette voix félée, soufreteuse, asthmatique. J'étouffais dans cette prison supplémentaire ; quoi, même la joie m'était comptée ? Mes éclats de rire étaient si ternes si rèches, ébréchés de partout, chiffonnés, retombant sans grâce dans un silence inquièt, crispé. On aurait dit un oiseau affolé dans une trop petite cage, fureux de terreur et de douleur. J'ai repensé avec envie aux rires tonitruants de ma meilleure amie de collège, nos fou-rires de folles filles, me suis rendue compte que j'avais vraiment connu l'inconscience, cette liberté précieuse et dangereuse...

J'ai grandi. Est-ce le rire du soulagement de n'en être pas morte qui me submerge si facilement ? Peu importe, il est de retour et je me reconnais enfin.

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mume 06/03/2009 21:13

RIRE en core un peu même avec  pour seul raison (si il en faut une!)un chien en peluche aux oreilles frétillantes.Du plaisir ingénu,infantil,ou du purement hard,ah!Toulouse-Carnet.Nous y retournerons.Bises

Umanimo 05/03/2009 22:22

C'est "au rire retrouvé" plutôt alors. Cette note optimiste fait bien plaisir. En même temps on découvre les difficultés qui avaient précédé. UMA

Ardalia 05/03/2009 22:33


Ce qui a précédé, c'est fini, n'y pensons plus.
:)


Achdé 05/03/2009 19:50

encore un effort et vous poufferez. Le rire est une thérapie, ne l'oubliez jamais. Allez hop! un sourire !

Ardalia 05/03/2009 22:31


Je viens de re(re-re-re)voir les Virtuoses sur Arte. Comme d'habitude, j'ai ri, j'ai pleuré et à la fin, les deux en même temps !
La vie, en somme...


brendufat 05/03/2009 14:36

Pourrrvou qué céla dourrre...:-)

Ardalia 05/03/2009 22:29


Certe che si !