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Se souvenir des mots d'hier

Publié le par Ardalia

Chers lecteurs, je suis suspendue dans un grand vide, peut-être que la tempête va finir par arriver, qui sait ? En attendant, je relis de vieux textes, quelques nouvelles écrites du temps où je faisais mes études. Tout n'est pas mal écrit, même si cela manque parfois d'enchainement et que l'excès d'énumérations essouffle trop souvent le texte.

En m'étonnant de trouver des idées disposées avec tant d'application, je me suis souvenue du mouvement intellectuel – comme on rejette une mèche –  d'alors qui me faisait expliquer cet exercice par le déploiement obstiné d'une feuille d'aluminium froissée...

Fragment de récit personnel :
"Pas fou à proprement parler, juste paranoïaque, hystérique et violent. C'est facile à frapper, un enfant, surtout par surprise, surtout dans le dos. On se donne du courage avec un verre de vin et en avant la charge sur l'insolent, grâce à des hurlements qui mettent du cœur au ventre. Cependant la rage est vite épuisée, alors on s'arrête, fatigué, un peu coupable mais corseté de mauvaise foi, on retourne s'asseoir à table, parmi les autres, on se verse un verre de vin. On boit un autre verre, sonné comme une brute, au milieu du silence des sanglots ravalés."

j'ai découvert le plaisir d'écrire de la fiction, à ce moment-là, quelques personnes dont j'estimais l'avis m'encourageaient à écrire. J'ai peu montré non pas faute, mais par excès d'orgueil ; mieux valait garder pour soi un mépris grandiose et masochiste que se heurter au réel, si flatteur soit-il. Et pourtant :
"On avait vu descendre du train une petite femme bien sage, quoique rousse. On n'apercevait son regard bleu que par éclair tant elle mettait d'obstination à regarder le sol. On la vit timide, on la crut snob, après tout, c'était une parisienne. On la vit taciturne, on la crut sotte. Le temps passa, on oublia de parler d'elle, on n'en parla plus.
 –Ce sont tous des imbéciles, lâcha Granny, la main tranchante et le cheveu indigné, "Ce ne sont que des bêtes brutes et je te jure que si je n'avais pas mon âge...!" Cette fois, la main en coque coulissait sur le poignet telle une promesse de magistrale fessée."


 Mais qu'il est donc difficile d'inventer des personnages complexes, comme en peinture où je ne sais que lisser les couleurs, mes bonhommes sont trop lisses, d'une pièce, au mieux, de quelques feuilles. C'est drôle, ce jeu de drame où l'on se prend tellement au sérieux, possedé par la fièvre de dire les histoires, de dire les tourments. Vient-il toujours ce moment calme et dur où les tragédies sont vieilles, si ridicules qu'on leur voudrait des coulisses, une loge, un semblant de pudeur ?
Il est bon, parfois, peut-être, que les vieux mots se taisent au fond d'un long tiroir et que l'oubli les laisse retomber en poussière.
 

 

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Fifi 10/02/2009 21:20

Contente de vous lire, Ardalia !Bonne continuation et bonne soirée !

Ardalia 11/02/2009 15:03


A bientôt, Fifi, avec plaisir.


Anna 09/02/2009 18:20

Ton billet me fait penser à un texte de Martin Winckler sur les secrets, où il dit en gros qu'il est bon d'entendre ceux des autres... Puis, peut-être, de les oublier.

Ardalia 09/02/2009 23:55


Ma foi Anna, je suis plus que d'accord, car il est bien connu que la réalité dépasse toujours la fiction ! Mais les écrits s'accrochent si bien...
Marguerite Duras, suite à une inondation fait du ménage dans ses affaires de la maison de Neauphle, celle qui a les volets bleu. Dans une malle, un manuscrit, il a 40 ans... Dans la
Douleur, elle livre ses souvenirs de guerre, l'angoisse, l'attente et la souffrance. Les siennes, mais aussi celles de Robert Antelme, son compagnon d'alors, de retour d'un camp... Ses
diarrhées, sa fièvre, sa maigreur, elle crie son horreur devant toute cette mort qu'il a rapportée en lui.
Il ne lui a jamais pardonné d'avoir publié ce livre.
Qu'oublier, de quoi se souvenir ? Bien malin qui sait faire ce tri.