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Pompiers, commensalité et moi

23 Avril 2021, 13:05pm

Publié par Ardalia

Depuis quelque temps, je regarde la série 911, sur Disney+. Ce n'est pas passionnant, mais je trouve toujours à me donner de quoi mouliner.
Je m'amuse du discours moraliste, entre les discussions et les postures des personnages, il y a un discours en creux. Un jeune homme et une femme plus âgée, ce n'est pas un problème, une lesbienne et sa copine, ce n'est pas un problème, un enfant handicapé, ce n'est que du bonheur, etc. Ça, c'était surtout les deux premières saisons.
Dans les dialogues, les choses sont plus orientées sur la responsabilité, la conscience, les choix et leurs conséquences, ce que l'esprit d'équipe demande, etc. Il est aussi souvent question du complexe du sauveur, ce qui est intéressant, puisque c'est une série de pompiers et de flics.
Mais ce matin, ce qui m'est apparu, c'est la direction commensale de l'histoire des personnages. Ainsi, le capitaine des pompiers cuisine et il cuisine pour ses troupes, bien souvent. Au cours de l'histoire, il recompose une famille et, là aussi, l'accent est mis, verbalement et scénaristiquement sur l'importance de manger tous ensemble. Sur la table, il est question des pommes de terre, mais les saladiers et les plats débordent de légumes de toutes sortes, de salades, etc. Mais s'il y a de la viande, c'est du poulet, une viande maigre...
En me demandant d'où cela pouvait venir, j'ai pensé à Michelle Obama, qui fut la first Lady, et à sa campagne pour la lutte contre l'obésité. Voilà, it's not a big deal, mais la nourriture saine et la commensalité sont entrés par la grande porte dans le storytelling de la vie saine et de la moralité à l'américaine.
Je ne me moque pas, je les envie. J'envie totalement ces personnages à la vie sociale si remplie, qui se préoccupent les uns des autres, parfois avec maladresse. Ils ont, ils sont tout le contraire de ma vie.

En ce moment, mais depuis de longues années, c'est juste beaucoup plus fréquent en ce moment, je rêve que je suis perdue. Que ce soit dans des appartements, des maisons, des rues, il arrive toujours un moment où je suis seule et le groupe que je veux rejoindre s'en fout de me trouver ou quoi, les gens vivent leur vie.
Et, pour moi, les couloirs ne sont jamais semblables à mon souvenir, mes souvenirs sont flous et je me perds, encore et encore et encore.
Je ne cuisine plus, pas de commensalité pour moi. Les liens que j'ai tissés avec les gens semblent tenir à rien. Je passe des journées entières pas lavée, en jogging, et je n'ai aucunement peur que quelqu'un le voie, puisque personne ne vient jamais. Et si l'on vient, je suis prévenue, je suis douchée et propre.
Il y a un confort de cette solitude, je n'ai pas d'effort à faire pour écouter, je n'ai pas à faire semblant d'avoir compris, parce que j'en ai plein le cul de demander qu'on parle plus fort. Ah oui, c'est vraiment doux, ça. Je suis dans ma bulle de calme et j'ai fait la morale à la voisine du dessus qui se permettait de le troubler.
Mais j'en suis malade. Peut-être que c'est soigner ça qui me donnera un axe pour reconstruire un cercle social, je ne sais pas.

Pompiers, commensalité et moi

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Le chemin d'aujourd'hui

10 Octobre 2019, 22:59pm

Publié par Ardalia

J’ai déjà évoqué sur mon blog, la personne de Madame Thévenin. C’était la responsable du lycée des Oiseaux, quand j’y ai été admise. Malheureusement, à la rentrée, elle a changé de poste et est partie pour le lycée technique, qui n’était pas dans le même bâtiment. Je garde un souvenir ébloui de cette femme. Je l’ai vue de près lors du rendez-vous avec mes parents, pour discuter de mes particularités et éventuellement des aménagements que ça demanderait. Je l’ai observée attentivement, et je l’ai vu accueillir, je l’ai vue comprendre mes parents, je l’ai vue ménager les sentiments qu’elle avait observés. J’ai conçu une folle admiration pour l’adulte que j’ai vue dans cette femme. Cette clarté dans sa tête, cette intelligence de sobres réactions, cette écoute, ce calme, cette « sagesse », pour le dire avec un mot que j’aime, m’ont illuminée. J’ai été très désespérée de son départ, quelques jours plus tard…

Moi, je suis hystérique. Dire ça me fait du bien et me fait rire. Depuis si jeune, je suis dans une telle maîtrise de mes émotions, de mes réactions, que pendant des années, on m’a dit que j’avais l’air froide et distante, et c’était vrai. Je m’étais drapée dans un système de mépris, dont je pensais qu’il me protégeait de la vulnérance du monde et dont j’ignorais alors le mal qu’il me faisait et le mal dont il était le symptôme.

Depuis quelque temps je suis tourmentée par le fait que je ne peux pas montrer ma façon de danser et que je peux pas chanter devant des gens. Des événements me montrent mon désir de me montrer et les blocages qui m’en empêchent. J’ai passé beaucoup de temps, aujourd’hui avec la conscientisation de ma peur d’avoir honte. C’est le résultat qu’ont eu sur moi de nombreuses situations où je me suis sentie « humiliée », c’est-à-dire, honteuse de moi-même.
Ce soir, je suis allée au Café Empathique et j’ai eu la chance de pouvoir écouter le beau et grand jeune homme qui était venu. Après l’écoute qu'il avait reçue, il était d’accord pour m’écouter un peu et je lui ai dit que suite au contact de ma main sur son bras et au contact de sa main sur mon genou, j’étais stimulée... Tout s’est très bien passé, dans l’honnêteté, dans la bienveillance et dans la connexion. Il n’était pas raccord avec moi, ce que je n’attendais pas et j’ai assumé la part névrotique de cette réaction un brin excessive (je n’étais pas spécialement attirée par lui). Cela rejoint ces moments où j’ai dit « mon intention n’était pas pure » suite à une discussion où j’avais compris que je voulais changer l’autre et cet autre moment où j’ai dit « j’ai menti », parce que j’avais fait semblant de comprendre un propos, alors que ce n’était pas le cas.
Je suis sortie contente de cette soirée et je me suis demandée pourquoi je me disais « bon, je l’ai dit franchement, en assumant ma névrose (d’abandon), ça, c’est fait. ». Pourquoi ce besoin de passer par ce moment d’une « franchise » non nécessaire ?
Et j’ai compris tout à l’heure : parce que je suis « hystérique ». Je change, je veux changer et il y a un moment où je veux m’exhiber avec ce changement. C’est assumer, brièvement, mon profond désir d’attention et de reconnaissance. Si je n’avais pas été autant humiliée dans ma jeunesse, j’aurais été une femme très sensuelle, exhibitionniste, cherchant l’attention par son look, mettant ses formes en valeur, forçant la chaleur de sa voix, exagérant sa sensualité gestuelle et entretenant bille en tête sa conversation culturelle nourrie de littérature et de cinéma érotique… Si je n’avais pas été humiliée, j’aurais été une grande névrosée d’abandon, une personne lâchée dans toutes ses stratégies pour attirer l’attention et pour conserver la proximité des hommes… C'est la honte qui m'a empêchée de développer pleinement tout ça.

Me disant ça, ce soir, j’ai de l’amour pour moi, moi et mes névroses, comment elles se manifestent, comment j’en prends conscience, comment je peux me regarder avec de plus en plus de douceur… C’est Mme Thévenin en moi qui m’observe, qui sourit, qui est bienveillante sans être dupe le moins du monde…

Et c’est un vœu pieux, de vouloir devenir Mme Thévenin, car je ne suis pas cette personne… j’ignore totalement quelles étaient les névroses de cette dame, mais je sais qu’elle n’était pas du tout « hystérique », comme je le suis. Je doute profondément que ses fantasmes soient passés par Broadway, par exemple.
Pourquoi « hystérique » ? Parce que je suis une crâneuse ! Parce que j’en fais « trop ». Je ressens « trop ». Je suis « trop » franche avec un inconnu, quand ce n’est pas nécessaire. Pour l'instant, je ne peux pas seulement me réjouir de changer et avoir de l’attention et de l’approbation pour ça. A la fin, oui, je peux dire « je change et c’est génial ! », mais avant ça, il faut passer par l’expression d’un « trop » que je vais donner à l’autre le cœur battant, pour voir que c’est ok pour lui, qu’il ne cherche pas à m’humilier... Comment une névrose force l'autre pour s'exprimer...

Aujourd’hui, je n’ai eu que des cadeaux et ça me ravit. Est-ce vrai ? n’est-ce pas une interprétation d’hystérique ? « je suis hystérique », est-ce vrai ?
Je ne sais pas.
Je ne sais pas du tout comment va se passer la suite, par où va me faire passer mon épanouissement. Je suis contente de parler de moi, contente d’avoir de l’accueil bienveillant pour ça. Je prends des notes, je me nourris comme une perdue, j’observe, je comprends, j’explique ce que je comprends. Je pense que pour sortir des systèmes névrotiques, je dois apprendre à m’aimer comme je suis, comme c’est, avec ces « trop » qui sont là, pour le moment.  

Quelque part en moi, je suis cette grand-mère qui observe sa petite fille adolescente danser et chanter librement dans le salon, rêvant et cherchant sa voie pour exister dans le monde. Et je suis heureuse qu’elle puisse vivre tout ça sans fausse pudeur avec moi, car je l’aime comme elle est, elle est belle et généreuse d’elle-même, et je suis confiante qu’elle va devenir, qu’elle va changer, que ça va se stabiliser pour elle et qu’elle trouvera son chemin.

Et en la regardant, je sais : tout commence aujourd’hui.

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Enfin la joie !

30 Avril 2018, 22:02pm

Publié par Ardalia

Je me sens si heureuse !

Vous qui avez lu tant de mots douloureux, ici, vous qui m’avez encouragée ces derniers mois, vous méritez de le savoir.

Que s’est-t-il passé ? D’où vient ce retournement ?

Ça me vient du Travail.

Tous les jours, depuis 7 mois maintenant, je fais le Travail. Le Travail de Byron Katie. Tous les jours, traverser la douleur, pour retrouver la paix. Tous les jours, accueillir ma honte, ma terreur, ma hargne galeuse, parfois. Tous les jours, affronter ces démons qui me suivent depuis l’enfance.

Tout à l’heure, dans l’après-midi, je suis retombée sur un de mes journaux intimes. En 1995, j’étais encore en état de dépersonnalisation. J’appelais ça « ma brume », je sentais que c’était pour fuir le réel. Je rêvais des hommes et des enfants. J’étais si seule, si triste, si enfermée dans mes blocages profonds. Je voyais que pour être heureuse, il me faudrait affronter les peurs d’enfant et je voyais, comme je fuyais, chez le psy, face à la douleur. Je n’étais pas prête. Vous qui me lisez depuis 2006, depuis « Bulle de Papier », vous m’avez vue tellement souffrir... A longueur de page, j’ai étalé ma tristesse, ma colère, ma révolte et ma collante morosité… Vous, vous savez que je n’ai pas tendance à peindre les choses en rose et cette euphémisation me fait sourire en l’écrivant. Vous, vous méritez de le savoir : je suis heureuse.

Il n’est rien arrivé d’autre dans ma vie que le Travail. Bien sûr, j’ai eu de magnifiques coups de pouce, mais vous savez, les choses arrivent parce qu’on est disponible, parce qu’on est prêt à les accueillir. Ces dernières semaines, de belles paroles m’ont été dites, j’ai reçu des enseignements de potes, d’inconnus, de vagues connaissances. L’univers a senti que j’étais prête à grandir et c’est arrivé.

Je suis responsable. Je ne veux pas dire « tout est ma faute », pas du tout, je veux dire : je suis responsable de toutes mes croyances. Ce qui me fait mal, c’est moi, ce qui me fait du bien, c’est moi. Ce qui est laid dans le monde, c’est moi et ce qui est beau dans le monde, c’est encore moi.

Mon ex va rencontrer les enfants de sa compagne et j’en suis heureuse, comme si j’allais être tata ! j’adore cette expression, elle reflète ma joie et sa naïveté nunuche et foldingue. Vais-je être tata ? Je n’en sais rien ! Si sa compagne ne le souhaite pas, je ne verrai jamais ces enfants et ce sera juste. Si elle est d'accord et que je les vois (par Skype ou photo) ce sera juste. Est-ce que vous comprenez ? Je suis ouverte, prête, sans demande (autre que rester en contact avec lui, mais même ça, ça peut être remis en question).

Je suis si satisfaite, si fière de moi, de ces multiples remises en questions, de tout ce qui a été accompli et dont je cueille aujourd’hui les fruits. Et vous savez, me dire clairement que j’ignore si je n’ai plus de colère contre lui, que ça peut surgir à tout moment, comme dans toutes les relations, c’est tellement reposant, tellement accueillant ! je ne sais pas et c’est magnifique !

Chaque jour, je fais le Travail avec joie, c’est mon cadeau quotidien. Mon amour pour moi est là : tous les jours, je me prends la main fermement, avec amour et je me fais traverser la douleur. Cela a des effets un peu étonnants : mais sans toutes ces idées noires, j’ai une putain d’énergie qui vibre ! Je me déglingue à la muscu, mais c’est si bon ! Je suis forte, dans la souplesse, dans l’accueil, je ris de moi tous les jours, je ris de surprise, je ris de joie ! Maintenant, même quand c’est triste, la joie est là à faire des clins d’œil, même triste, je peux écouter, je peux m’exprimer, je peux vivre. Et je fais le Travail… et la tristesse passe.

Je marche les yeux grands ouverts, prête à bondir, prête à parler, prête à faire des bisous ! Vous qui avez vu toute ma douleur, je vous offre aujourd’hui mon immense gratitude. Merci ma vie, merci mon passé, source inspirante de remise en question ! Merci mon ex d’être si intraitable et si accueillant pour moi, merci moi de m’offrir la plus belle chose au monde au quotidien : une saine et bienveillante remise en question. Dans mon cœur, dans ma tête, dans mes gestes, ça dance, ça célèbre, ça rit.

C’est donc avec une effusion toute bénignesque que je vous donne « tout mon amourrr » chers lecteurs !

Prenez soin de vous !

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Celui qui n'existe pas

24 Mars 2018, 12:42pm

Publié par Ardalia

Je suis encore en colère contre mon ex. Il faut toujours du temps pour voir que c’est moi qui me goure. Moi qui demande à un incompétent de faire mieux, de faire différemment, de faire à mon idée. Sans cesse, je me charme d’une pensée que je trouve amusante ou profonde et lourde de sens, quand ce n’est pas les deux, et je vais le voir avec ça. Et ça se fracasse — dans la douleur — contre son incompréhension, contre sa froideur, quand ce n’est pas contre son refus. C’est moi qui retourne vers lui me faire casser.

J’en ai marre de me faire casser par un incompétent, mais le fait est bien clair qu’il ne demande rien, à peine agite-t-il le petit drapeau de la politesse, maintenant. C’est moi, toujours moi et moi seule qui vais vers lui avec ma nature émotive et imaginative, laquelle se fait écraser. C’est moi qui vais m’écraser contre ce mur, qui ne veut parler ni du passé, ni de l’avenir, ni du présent, ni de lui, ni de sa vie, moi seule. Il me laisse « [lui] parler », alors je parle et après, il me dit qu’il en en a marre de « cette conversation ». Mais ce n’est pas une conversation, c’est un monologue à peine entrecoupé de « hum hum » en phrases polies.

Je ne peux pas augurer de ce qui se passe pour lui, ce peut être profond, mais je n’en sais rien maintenant et je n’en saurais jamais rien. Il est un tonneau des Danaïdes, ce qu’on lui donne tombe dans le néant de son silence et on ne peut rien en tirer. Ce n’est pas de la mauvaise volonté, c’est sa nature, il est incapable sur ce plan, c’est tout. Moi, je suis incapable de faire de l’analyse informatique et personne vient me chier dans les bottes pour ça, il n’y a aucune raison que j’aille lui chier dans les bottes pour ça.

Je retourne sans cesse vers lui pour lui dire qu’il m’a menti, parce que je n’admets pas que je me suis menti, que l’illusion est, et a toujours été, dans ma tête. Il serait temps, vraiment temps, plus que temps que j’admette que cette imagination formidable est peut-être charmante et rigolote, mais qu’elle ne raconte que des histoires. Ce n’est pas mauvais en soi, mais une histoire ne vaut que pour son message caché. L’histoire que mon ex m’a menti sur lui cache que je me suis menti pour sortir de la peur. Je me suis menti sur cet homme pour sortir de la peur de l’abandon. J’ai consenti à me lier pour tromper ma terreur et — rendons grâce à l'illusion de "l'homme de ma vie" — ça a marché. Je me suis liée, l’abandon est arrivé et j’ai survécu. C’est peut-être la grande paix à faire pour moi : la paix avec cet imaginaire.

Depuis l’adolescence, je refuse de « rêver » avec les gens. Du moins, j’ai eu cette posture pour « guérir de la maladie » ou « devenir riche ». Je refusais que l’on m’entraîne dans ces rêves, ne voulant pas affronter le retour au réel. Pourtant, j’ai parfois consenti, avec telle personne, on a rêvé de sexe, avec telle autre, on a rêvé de richesse et de biens immobiliers, avec cette dernière, on a rêvé d’amour. J’ai écrit des poèmes, j’ai écrit des nouvelles, mais, pour avoir savouré l’acte de création, l’effervescence, qui n’est pas sans douleurs, mais n’est pas non plus sans profondes satisfactions, tout en appréciant le résultat, je n’en étais pas authentiquement contente. Certes, c’était parasité par la soif d’excellence, mais c’était aussi parasité par pulvérulence, la dissipation consubstantielle du travail d’imagination.
Je plus vrai de mes poèmes, le seul que je puisse citer :
« Seule,
Je tournoie seule,
Mélancolique et folle,
Car l’homme, l’homme,
N’existe pas. »
dit intensément ce qui est vrai pour moi. L’abandon de l’homme — le père, le frère, tous les autres — est mon histoire. C’est ma réalité et je ne vois que ça. Je ne peux pas savoir si c’est la vérité, je sais juste que je n’en suis que là, réellement. Le seul homme qui ne m’abandonne pas à moi-même, c’est le psy, une demi-heure par semaine, ce psy que je paye. L’homme n’existe pas pour moi et c’est pourquoi j’ai tenté de l’incarner, d’être cet homme manquant dans ma vie. J’ai mis, ado, la veste de mon père au collège, je porte encore aujourd’hui, des chemises d’homme (des jolies) et j’ai racheté récemment un gel douche qui pue l’équivalent d’un Scorpio en base lavante et je souris d’avoir ce parfum qui flotte dans ma douche. L’homme n’est qu’un parfum, celui de la veste en cuir de mon père, dans le couloir du garage, son odeur et les fragrances viriles qu’elle transportait. Je comprends aujourd’hui que c’est de mon père que je tiens mon hypersensibilité, qu’il en a pris plein la gueule toute sa vie à se frotter aux gens le plus susceptibles de le faire grandir.
Et moi, je me heurte encore et encore à mon ex, grandir est si difficile. Jamais on ne sait comment grandir avant que ce soit arrivé. On y travaille en aveugle et en sourde, c’est le cas de le dire, on y travaille en brute épaisse et furieuse, à se déchirer l’échine et les jarrets, le mufle et le poitrail. La paix est à ce prix.

Entre deux séances de lutte, des havres de douceur, des séances d’empathie. C’est tellement délicieux, tellement doux, tellement cohérent, on me dit que j’irradie, que je pétille (véridique), de joie et de paix. Quelle gageure ! Là, je donne et je reçois ; là, il y a dialogue. Il y a ouverture, il y a bonne volonté d’échange honnête et vulnérable. Je me heurte aussi, il ne faut pas se leurrer, mais seulement aux limites des gens, à leur musique intérieure qui ne va pas au rythme de la mienne. Leur désir de changer, de grandir, est là.
Il serait temps aussi que je classe ce dossier des hommes « qui ne veulent pas grandir » ou, plus justement, des hommes qui grandissent sans moi. C’est leur droit de ne pas vouloir de moi.

Et tant que je vais vers eux, c’est moi qui ne veux pas de moi. Il serait temps de voir en moi l’homme qui veut grandir et devenir, à parts égales avec la femme, qui ne grandira et ne deviendra qu’à ce prix. A la fin, qui sait, on aura peut-être une adulte.

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Monde sensible et réalité

10 Mars 2018, 10:03am

Publié par Ardalia

Elle me met un peu mal à l’aise à tant gesticuler pour parler. Tout semble tellement confus dans sa tête, il faut lire les gestes pour comprendre un peu mieux les impressions puissantes qui la traversent. En fait, c’est compliqué pour moi tant que je ne l’entends pas bien, car je vois les gestes et je ne vois que les mouvements émotionnels. Par exemple, elle parle d’un type qui a piqué une colère, dans le train. Elle fait un petit mur avec ses mains, ça semble assez clair : elle a eu peur et voulait de la sécurité. Mais quand sa main, tous les doigts groupés, part de son oreille vers le haut, puis décrit un arc-de-cercle descendant vers l’autre main, car entre-temps l’autre bras s’est tendu devant, que faut-il comprendre ? Il me faut les mots pour réaliser qu’en fait, elle était connectée à la détresse de ce monsieur. Là, enfin, dans ce monde sensible, je la rejoins.

Hier, nous avons fait un duo d’empathie et elle m’a raconté une part d’histoire familiale, ses frères et sœur et elle trient les affaires de leurs parents pour vider et vendre la maison. Elle me raconte comme ils boivent et plaisantent alors qu’elle-même écrit des poèmes sur les objets, afin de pouvoir les laisser partir. Elle est surprise d’être si attachée, elle se juge. Je décèle ici — elle me le confirme — le regard de la société sur son étrangeté. Où est l’attachement quand il suffit d’écrire un poème pour dire adieu ? Elle vit dans un monde sensible qui me parle et, même si c’est un peu difficile de faire la lumière sur ses besoins, je suis contente de voir son regard changer, et de douloureux devenir doux comme une caresse, malgré son bleu azur.

Quand ce fut mon tour de recevoir de l’écoute empathique, j’ai pu remonter, avec son aide, jusqu’à cette peur finalement assez récente, au regard de la surdité, qui est que l’on reconnaisse mes besoins d’aide visuelle. Durant ces trois années avec cet homme qui fut mon compagnon, je suis devenue officiellement malvoyante. Concrètement, ça signifie que je ne peux plus lire. C’était compliqué depuis plusieurs années, mais maintenant, c’est impossible et je mets des lunettes-loupes pour lire, ou je pose le document à lire sur le vidéo-agrandisseur.

Peu avant la rupture en septembre, j’ai fait une longue bronchite et durant cette maladie, un soir après une quinte de toux cauchemardesque, j’ai découvert trois symptômes étranges et inquiétants. Tout d’abord un voile blanc sur l’œil gauche, puis, une trace noire, un peu en dessous à droite du centre de la vision, en forme de symbole de la livre sterling £, et enfin, toujours sur cet œil, de terribles élancements de douleur, de loin en loin.

J’ai parlé de cela à mon compagnon, mais il ne s’en est pas préoccupé. Deux semaines plus tard, il m’a quittée et je me suis retrouvée seule chez moi, à bout de force et sous le coup encore médical de ces deux semaines d’antibiotiques. L’infection d’une dent, un otite externe — avec interdiction de porter la prothèse un mois et grattage douloureux du tympan une fois par semaine — une autre otite séreuse en installation (niée par l’interne aux urgences). Et le dos qui s’est mis à me faire beaucoup souffrir. Ajoutons à cela que j’étais à peu près folle de douleur et de chagrin et que je tentais sombrement et désespérément de récupérer mon ex.

En octobre, j’ai tenté de prendre rendez-vous avec la spécialiste de la basse vision à Toulouse. Las, il me fallait au moins un courrier, plutôt deux, de médecins certifiant que j’avais une basse-vision. A ce moment-là, je m’occupais de mon oreille toujours douloureuse (otite séreuse) et j’ai trouvé une ORL iconoclaste mais bienveillante. Je demande ce document à ma généraliste, qui me le fournit sans barguigner, je prends rendez-vous avec une ophtalmo, proche de chez moi. Non contente de me faire attendre une heure, elle ne s’excuse pas, n’écoute pas ma demande de deux paires de lunettes, une pour vivre et une pour lire, ne demande pas quoi, quand, parlant à son dos, je dis « il m’est arrivé quelque chose en août », je voulais parler de la bronchite et des conséquences de la toux. Elle me fait ma lettre pour la spécialiste et une ordonnance des lunettes. En prenant soin de me dire que ma vue « c’est pas terrible » — moins de zéro — avec une grimace laissant bien clairement voir dans quelle merdasse elle estime que je suis plongée. Ah oui, elle était pressée, forcément, une heure de retard, donc elle m’a foutue dehors avec cette ordonnance pour une paire de verres progressifs avant que je sache ce qu’il avait dessus. Ma colère fut grande.

Mais bon, j’avais les courriers, donc j’ai à nouveau tenté de prendre un rendez-vous avec la spécialiste, mais, je n’ai pas compris pourquoi au téléphone — voix aigüe de la secrétaire, fort accent local et mauvaise qualité de la ligne — c’était devenu impossible. Après une assez longue phase de découragement, j’ai appelé l’hôpital pour qu’on m’aiguille sur quelqu’un d’autre et je suis tombée sur une perle de secrétaire qui a bien compris et répondu à mon problème. Rendez-vous en mai avec une spécialiste de la cornée.

Le problème de vivre dans un monde sensible, est que le moindre coup semble gigantesque, on est mis à terre et il faut longtemps pour cicatriser et se relever.

J’ai peur, aigrement, puissamment, de l’accueil qui me sera fait. Suis-je assez handicapée pour mériter de l’aide ? Suis-je assez légitime pour mériter la confection onéreuse de lunettes de lecture ? Vais-je me faire engueuler pour n’avoir pas filé aux urgences pour mon œil ? Le voile blanc et la trace noire, probablement une cicatrice, se sont atténués, les élancements de douleur aussi. Par contre, j’ai eu des élancements à droite aussi, maintenant…

Le monde médical me regarde avec surprise, : pourquoi ne fais-je pas plus appel à lui ? Il me regarde avec pitié « Fichtre ! Je ne voudrais pas être à votre place ! » Il m’ignore quand je tente de lui parler : j’ai encore mal à l’oreille, il m’est arrivé quelque chose. Il me raconte que je peux prendre rendez-vous en ligne, alors qu’au final, il faut appeler. Ce que je peux encore faire, grâce à la boucle d’induction bluetooth que je me suis payée, parce que ce n’est pas remboursé.
Je n’ai pas l’argent pour me payer l’aide à la vision ou à l’audition qui me faciliterait la vie, je n’ose plus demander, craignant les refus.

Je sais que ce monde sensible est excité par les croyances, que ceci et cela ne devraient pas arriver, ne devraient pas se passer comme ça, ne devraient pas ; etc.

Ce qui me sauve, en ce moment, c’est faire le Travail, c’est les ateliers de CNV. Là, dans l’écoute, quand le confort auditif le permet, il n’y a plus de frontière avec l’autre, il n’y a plus de pitié, de commisération ou d’indifférence dans son regard. Là, j’écoute et je suis écoutée, là, je fais attention et on fait attention à moi. Ma gratitude est immense, pour cela.

Cette femme me disait hier avec chaleur et gratitude — car elle se sentait comblée — qu’auparavant, elle n’avait jamais été écoutée, que l’on n’avait jamais fait attention à elle comme à ces ateliers de CNV. Eh bien, cela me brise le cœur. Il faut trouver auprès d’étrangers ce que l’on ne peut avoir de sa famille, de son compagnon. Je trouve dans ces ateliers des connexions magnifiques et universelles (c’est elle qui a mis ce mot, je lui ai rendu grâces), à défaut de véritables proches attentifs. Je crois depuis longtemps que ma détresse d’attention fait fuir, ceux d’entre vous qui lisent mon blog depuis longtemps le savent.

Mon ex-compagnon m’a dit assez souvent, assez fermement que c’était à moi de poser mes besoins et à moi d’y répondre (auprès d’autres que lui), j’ai fini par comprendre. Mais ton besoin, dans la vraie vie, ce n’est pas comme en CNV où tu sais qu’il sera entendu. Dans la vraie vie, il faut pouvoir se battre pour le poser au centre, il faut s’attendre à l’indifférence, au déni, au reproche.

Peut-être que ce me serait plus facile si je rejoignais plus volontiers le monde sensible et son intuition folle de l’autre, ses peurs, ses hontes et toutes ses idées sclérosantes. Plus certainement, ce serait plus facile si je n’avais plus d’idées sclérosantes sur ce que devrait être l’attention de l’autre pour moi. Well… work in progress.

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Face à face

8 Mars 2018, 14:41pm

Publié par Ardalia

Ce matin, j’ai compris autre chose sur moi. C’est la fin de quinze jours d’interrogations et je devrais être soulagée, mais ça tarde un peu à venir, vous allez comprendre pourquoi.

Il y a donc une vingtaine de jours, mon ex m’a fait savoir qu’il avait une femme dans sa vie, et j’en ai été pas mal attristée. La tristesse de la page qui se tourne définitivement, la tristesse aussi de l’avoir vue venir, cette femme, sur Facebook, d’avoir eu l’instinct de cette approche, mais pas l’instinct de la fin d’une relation pour moi. J’ai compris, j’ai souffert, j’ai accepté.

Pourtant, il restait une chose sérieuse, une chose que je ne comprenais pas. Le lendemain de cette annonce, j’étais encore sous le coup de la colère, et pourtant, malgré l’ambiance orageuse et l’attachement de mes croyances concernant mon ex-compagnon, mon corps, tapageur et impératif, m’a fait savoir qu’il était en rut. Pourtant, il n’y avait plus personne devant moi… d’où cela pouvait-il venir ?

Durant cette période écoulée, pas mal de révélations se sont faites, précisées dans le temps, qui m’ont sensiblement apaisée. J’ai reçu de l’écoute empathique et j’ai beaucoup réfléchi à ce schéma d’abandon et ses répercussions. Je me suis fait peur : il est dit dans le livre qu’il ne faut pas aller vers des hommes qui suscitent un fort désir, car le schéma nous trompe et nous entraîne, malgré notre désir de relation durable, vers des gens susceptibles de provoquer l’enchaînement douloureux du schéma, et donc l’abandon. Je me sentais perdue avec ce désir tapageur : comment savoir, comment avoir du discernement face aux hommes ? Comment ne pas me jeter dans la gueule du loup ?

Ce qui m’est apparu, ce matin, c’est la tristesse de ce désir. Ce n’était pas gourmand, ce n’était pas chaleureux, pas gai, pas agréable. Et pour cause, il n’y a personne en face qui soit d’accord pour jouer ce jeu. J’ai pensé aussi à ce type, dans la série Orange is The New Black qui bande quand il a peur, j’ai lu cela par ailleurs, dans des articles sur le viol. Je crois que c’est un peu ce qui se passe pour moi. C’est un appel désespéré du corps pour ma tête qui a si peur de la solitude. Mon corps veut me sauver de l’angoisse délétère et me cherche un partenaire sexuel tout seul — ou, plus vraisemblablement, avec le cerveau inconscient— , pour me faire « du bien ».

Ce n’est pas clair, mais je pense qu’il y a ici un mélange qui se fait entre l’histoire ancienne qui m’a fait croire que j’étais une affamée du sexe et que toute occasion était bonne ou simplement l’histoire récente qui m’a éclairée sur certaines qualités du sexe, puissant anxiolytique et façon toute plaisante et sécurisante pour moi d’avoir l’attention d’un homme. Je crois in fine que c’est la peur de la solitude qui se manifeste ainsi. J’en veux pour preuve cette nausée légère et permanente que j’ai depuis des jours, ce vide lourd et sourd dans le ventre.

Je crois sombrement qu’il y a une part qui tient à la surdité et à la cécité, l’une qui est là et l’autre qui plane comme une menace sur moi, mais aussi, et surtout, une autre part qui tient à la violence familiale. Cette peur rance et sombre, désespérée, celle qui m’a rendue si fielleuse, acrimonieuse et méchante, mentalement et verbalement, vis-à-vis de mon ex. Celle à cause de laquelle j’ai demandé une pause avec lui, pour retrouver un peu d’équilibre. Je suis face à elle, maintenant. J’ai le sentiment d’observer le noyau de toutes les peurs. Et je ne peux pas savoir, car qui sait de quoi mon univers mental fera son jouet, demain ? mais la peur est là, physique, pesante, que mon mental soit gai ou non ne la change pas. Elle gêne ma respiration, elle me comprime le ventre et je ne sais pas encore bien comment l’accueillir.

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Grandir.

6 Mars 2018, 04:30am

Publié par Ardalia

Chers lecteurs, cher journal, cher tout ce qui est là,

il est 4h30 et j'ai lutté en vain 30 minutes pour me rendormir.

Figurez-vous que mon cerveau a compris un truc Il est déchaîné et il faut absolument qu'il te raconte. Je ne sais pas bien pourquoi, mais je me dis que d'une part il a peut-être peur d'oublier — et vu la vitesse à laquelle il passe à autre chose, ce n'est pas forcément idiot — et d'autre part il veut de la reconnaissance — et vu l'histoire de sa famille, ce n'est pas forcément inutile.

Hier soir, j'avais atelier CNV. Mes deux interlocutrices successives ne se sont pas donné le mot, pourtant, toutes deux, elles ont passé outre la consigne de l'exercice réciproque pour me donner toute leur attention. Ce qu'elles savaient toutes deux, c'est que j'avais mal au dos, à divers endroits et que j'étais en colère.

j'ai donc parlé, plus de deux heures, de ce qui m'agitait. Lui, qui a exigé de rester en contact avec moi et moi qui y ai consenti, parce que je l'aime. Lui, qui veut bien être aimé de loin, moi qui n'accueille pas ça toujours très bien... Moi qui ai demandé une pause, parce que je n'en peux plus de me mettre dans tous mes états devant lui qui a "rencontré quelqu'un", ce qui est déjà assez dur en soi et qui m'en a dit quelques mots, à ma demande, ce que je n'ai pas supporté. J'ai parlé de moi, qui suis prise entre lui, mon élan fou d'amour et les exigences spécifiques de la réalité. Moi, ma découverte du schéma d'abandon au niveau familial, mon impression de déception en me disant que j'ai été élevée par des enfants et la conscience que je dois trouver comment être adulte toute seule. J'ai parlé de moi, qui suis débordée par le traitement du présent avec lui, du présent avec moi, du passé avec lui et du passé avec toute mon histoire.

Le "présent avec lui" est en pause, il me manque affreusement, mais pendant ce temps-là, rien ne se passe avec lui qui me stimule plus que ça. J'ai donc travaillé le "passé avec lui" et j'ai vu hier que durant toute notre vie commune, il n'a cessé de me dire — à sa façon — de rester avec moi et de communiquer mes émotions et mes besoins, — moi — et de ne pas lui demander de les accueillir, de faire le boulot que je ne fais pas.

Tout cela a maturé, aidé, peut-être, par l'accueil empathique qui me fut offert hier : mon génial cerveau qui a entendu ce message des milliers de fois et l'a lui-même diffusé vient enfin de comprendre le message, vu que c'est quelque chose comme l'essence même de la CNV : être adulte, c'est voir le réel comme il est et assumer ses émotions.

Voici donc la réponse au message de victimisation de toutes ces générations d'abandonnés : qu'est-ce qui t'arrive, mon petit ? Genre, ce dont j'ai bénéficié hier, et ce que j'ai compris, une fois de plus, hier : rester avec soi, s'accorder la première place dans sa vie, se donner régulièrement toute son attention. Même pas par délice narcissique : juste pour ne pas empiler quotidiennement des récits toxiques de victimisation.

Et m'accorder toute mon attention quant à ce que j'ai vécu enfant, c'est dissiper enfin toutes ces histoires où je suis une pauvre petite fille seule, abandonnée.

Il est 5 heures, Toulouse s'éveille et je retourne me coucher. Bonjour à tous.

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Le drame

4 Mars 2018, 07:32am

Publié par Ardalia

. Tous les matins,  c’est la même chose. Cette fois, c’est la bonne ! Tous les matins, je me réveille et la machine dans ma tête est sur un mode effréné. Une petite fille excitée saute sur mon lit et m'empoigne le mental. Mais remue-toi, debout ! Réveille-toi ! Regarde ! Cette fois, je sais, c’est fois, c’est la vérité, cette fois, c’est sûr, j’ai tout compris ! Mais bien sûr ! Regaaarde !
Comme d’habitude, en ouvrant les yeux, le tombereau d’idées qui se sont amassées depuis des jours et qui ont erré sans but dans la nuit se sont accumulées sur un barrage d’inconscience et, sitôt les yeux ouverts, se déversent dans un grand fracas dramatique, sur le sol de ma conscience et me montrent une nouvelle carte. Une carte concrète et sûre, fiable, comme le marc de café dans la soucoupe, tu sais ?

Et chaque jour, c’est pareil, chaque jour, je la crois, chaque jour, elle me montre un nouveau pan de « vérité ». Chaque jour, je pense sincèrement avoir « compris un truc ». Mais si j’en parle… si j’en parle, si je la raconte, cette nouvelle carte, si je l’expose comme une « vérité », alors je commence à avoir honte. Qu’est-ce qui sait, en moi, que c’est faux, que c’est une histoire, à nouveau, que c’est bidon ?

Mi-septembre, l’homme qui partageait ma vie a voulu reprendre sa liberté. Cela a été un drame, pour moi. Un drame, pas seulement au sens figuré, mais aussi au sens propre. J’ai fait un drame, j’en ai fait un drame. J’ai poussé un grand cri, à cette annonce, et je ne me suis pas privée de le raconter, ensuite. Ça a été une folie furieuse dans ma tête, la tempête s’est élevée, complètement délirante. Je me suis mise à faire le Travail de Katie, pour me soulager, car la souffrance était terrible. Sur Messenger, l’application de tchat de FB, je lui ai pris la tête. Comme une dingue, je voulais savoir pourquoi il me quittait. Je m’étais raconté que j’avais travaillé comme une dingue (bis, hum...) à être la bonne compagne, celle qu’on ne quitte pas. Je faisais les repas, le rangement, les lessives, (nous faisions le ménage ensemble), je bricolais des trucs pour l’appartement et j’étais si caressante, si tendre, si douce dans le toucher...

Ce que je vois, dans ma carte, aujourd’hui, c’est que le bricolage a été ma source de créativité. Comme les tableaux ou les dessins, du temps où j’étais sur ce mode, les objets rôdaient dans mon imaginaire, se modelaient tout seuls et un jour : je le faisais. C’était le moment calme, tu sais, ce moment de création, quand le truc sort de tes mains et te raconte son histoire, que tu l’écoutes, que la création se transforme et s’envole toute seule, une fois finie. Lui m’a donné tout le matériel que j’avais accumulé pour créer ces objets « utiles », et j’étais folle de rage : où veux-tu que je bricole, chez moi, c’est minuscule ? Je ne pouvais plus voir le stock de bois chez lui sans avoir la gorge serrée, j’ai pleuré mes projets perdus, ce fut un deuil long et difficile.

Et je continue le Travail, je fais le Travail comme une tarée et, tu sais ce que je fais ? Je lui envoie mes feuilles. Oui, je fais des feuilles qui me permettent d’abandonner des croyances et je les lui envoie, pour acheter son amour avec mon authenticité. Tu la sens, l’arnaque ? Bien sûr, sur le moment, je n’ai rien vu, hein, j’ai été sincère. Ma carte matinale d’alors était qu’il se trompait, que c’était une erreur, que s’il voyait comme je l’aimais, il me reprendrait ! Bien sûr ! Tous les jours, je retombais sous le charme de cet amour fou, de cet amour « vrai », de cette dégoulinance sucrée écœurante. Mais tu sais, sur une feuille de Travail, on écrit tout, toute la colère est mise en mots, avant de passer à autre chose en remettant ses pensées en question. Je lui ai tout balancé dans la gueule… Dans les feuilles, mais aussi dans les dialogues sur Messenger.

Un jour, j’ai compris, dotée d’un éclairage nouveau, qu’il ne fallait pas faire ça, lui envoyer les feuilles de Travail faites. Et quand je l’ai vu, tu sais ce que j’ai fait ? Un drame. J’ai fait un drame, j’en ai fait une catastrophe, j’en étais tellement désolée !

L’éloignement entre nous se faisait de plus en plus grand et, il y a deux semaines, il m’a annoncé qu’il avait rencontré quelqu’un. Tu sais ce que j’ai fait ? Tu commences à comprendre ? J’ai fait un drame. J’ai poussé un grand cri et je me suis glacée. Je suis partie glacée. Et j’ai fait le Travail, je n’ai pas cessé de faire le Travail durant tout ce temps.

D’autres sources m’ont montré que j’ai rejoué avec lui le drame névrotique de mon enfance : l’abandon de papa. Je te raconte en deux mots, quand j’avais trois ans, je suis devenue sourde comme mon papa et mon papa a disparu. Concrètement, mes parents faisaient construire une maison et mon père était pressé, il allait sur le chantier tous les soirs après le travail et il y passait ses weekends. Et j’ai rejoué avec lui l’hystérie de mon père, ce « malade » qui se mettait dans des colères folles n’importe quand et qui me terrorisait.

Ce que me disais la carte ce matin, c’est que lui aussi a rejoué un schéma névrotique, celui avec son artiste de mère… J’ai exigé qu’il change, qu’il soit le partenaire de mes rêves, qu’il soit le compagnon que je voulais. Oh, j’ai surtout tenté la manière douce, hein ! Tu sais, moi, je suis timide à l’origine. J’aime la douceur et j’ai installé la Communication Non Violente dans mon expression, j’ai fait le Travail quand j’étais vraiment en colère contre lui, sans voir que ma consternation face à lui et son mode de vie, que mes colères parlaient de cette exigence d’attention. j'étais passée à côté de la réalité vraie.

Mes cartes d’alors me disaient qu’un homme si doux et gentil (et brillant !) était forcément pour moi, elles ne me montraient pas que je voulais bien plus, en fait. Je ne comprenais pas clairement que le comportement que je lui demandais n’était pas un comportement « normal », qu’il était mon besoin d’attention, mon besoin de connexion, mon besoin de partage ! Mes cartes d’alors, m’ont-elles menti ou ai-je choisi de vivre le drame ?... Ouais.

Ma carte de ce matin me dit qu’il faut arrêter de traiter les gens d’artistes autour de moi, qu’il faut me regarder dans la glace, que ça suffit, la comédie dramatique. Alors, je me vois devant la glace. Le spectacle est fini, je suis un clown grotesque, les traits noir et rouges, sur le fond blanc ont fondu. La sueur a fait couler le maquillage sur mon visage, et, dans la pénombre, on dirait des larmes. Et ma carte de ce matin, qui ne manque pas de ressources, me dit « faille narcissique », et je pleure.

Ça finit toujours ainsi : la petite fille fait une cabriole de trop, se fait mal et se sent punie. Tous le jours une nouvelle carte, tous les jours un mensonges et tous les jours une arnaque intérieure.

 

Je dépose ici, mon « œuvre » de ce matin. Je compte sur vous pour faire la claque, j’ai peur des lazzis.

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Le cul, les ronces et le Grand Chien

25 Juin 2015, 08:57am

Publié par Ardalia

Je regarde mon grand chien sérieux et terriblement digne qui me réclame une vie spirituelle. Comme il est digne, comme il souffre !
(Il est de Navarre, tu crois ?)

Je tentais de faire le tour de mes jugements sur les gens, me disant que ce sont peut-être ces jugements qui m'isolent, qui font qu'on n'a plus tellement l'élan de me voir passé un certain temps ou d'ailleurs même très vite ou encore avant même de m'avoir rencontrée. Je ne comprends pas vraiment, ni l'incuriosité, ni la lassitude... je tente donc le côté "c'est de ma faute" en examinant mes jugements.
Le premier qui me tombe sous la pensée, c'est "les gens devraient avoir une vie spirituelle", la seconde d'après, puisque Byron Katie occupe pas mal ma pensée en ce moment, c'est un retournement : je devrais avoir une vie spirituelle.
Aussitôt apparaît ce grand chien triste et terriblement digne, un chien qui — indéniablement — a beaucoup de chien. C'est un genre de lévrier afghan, voyez, un long et fin corps, un long et fin museau, un port de tête de reine de Saba et une expression endolorie, peinée, muette, étranglée.
Je pense à mon père, cet homme qui, l'adultère mis au jour, tout au moins sous les yeux de son épouse, n'est plus jamais allé à confesse.


Sans fausse posture, je vous avoue que ça me dépasse complètement. Comment, après toutes ces années à penser, tenter de vivre la religion, peut-on à ce point passer à côté du message christique ? Oh, il y a sans doute plein d'explications : il a surtout connu le Dieu en colère, le Dieu vengeur ; "Dieu vomit les tièdes" citait-il si volontiers quand j'étais jeune, il doit tellement culpabiliser qu'il veut cacher son visage à Dieu, etc.
Eh bien, peut-être. Ou alors a-t-il ouvert les yeux sur la supercherie de sa foi, qu'en sais-je ?
Moi, je n'ai pas la foi, je suis agnostique. La foi et la non-foi ont la même force en moi, elles s'entortillent, se confondent, se câlinent, elles sont bien ensemble à jouer au funambule au-dessus des certitudes. Ça les amuse profondément.

Moi, je n'ai pas la foi, je ne juge ni ceux qui l'ont ni ceux qui ne l'ont pas, que chacun de débrouille comme il peut avec les chausse-trappes de son esprit et de ses besoins inconscients.


Je n'ai pas non plus vraiment de vie spirituelle et c'est bien plus problématique à mes yeux. J'ai repris la lecture des Mille Visages du Bonheur de Byron Katie et du coup, ça me chamboule bien l'ordre des pensées : "est-ce vrai ?".
Pas de grand chien fidèle, aimant et trahi ici, on est dans le vif du sujet, les pensées qui classent, tranchent et rangent dans de petites boîtes ordonnées et pouf, d'un coup je vois tout le bazar partout. Et il suffit de deux pas dans le bazar pour voir que j'y suis partout, tranchée et rangée dans de petites boîtes chaotiques et absurdes.


La lecture de Byron Katie me rince la tête, je ne comprends rien, je sais que je ne comprends rien et au fond, ce n'est pas grave, je sais qu'elle a raison où elle est, je fais comme je peux où je suis et qu'elle vient me prendre là. Pour une fois, j'accepte de ne rien comprendre en ayant confiance.


Je devrais mincir, je devrais dormir, je devrais apprendre, je devrais donner, je devrais avoir, je devrais savoir, je devrais m'exercer, je devrais me forcer, je devrais me plier, je devrais me rigidifier, je devrais m'assouplir, je devrais me muscler, je devrais m'étirer, je devrais plaire, je devrais charmer, je devrais écouter, je devrais m'écouter, je devrais méditer, je devrais mieux faire, plus faire, etc.


Tout ce que je devrais faire, moi qui n'arrive à rien. J'attends l'élan, tu sais ? J'attends l'élan et je ne vois que des devoirs... Je sais qu'il y a plein d'élans derrière ces devoirs, mais leur voix est tout à fait étouffée par les jugements. Le grand chien triste et sévère du Devoir me toise de toute sa grandeur, il me domine, m'écrase, imperturbable, raide comme la justice et figé dans sa douleur de Grand Déçu Trahi consterné et étranglé de douleur.


Je n'ai pas le cul sorti des ronces, tu sais.

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Les lendemains qui tentent

26 Février 2014, 16:02pm

Publié par Ardalia

Que s'est-il passé au mois de juin dernier ? Après des mois d'une anxiété épouvantable, je me suis réveillée un matin sans plus de tourment. D'un coup j'allais bien. D'un coup, j'étais plus relax, plus tolérante. J'avais envie de rencontrer des gens d'autres gens que ceux que je voyais et qui n'avaient rien à me dire.
Rien à te dire. Des gens qui passent un, deux, trois repas à côté de toi et qui n'ont rigoureusement rien à te dire. Ils se penchent, te poussent de l'épaule, et parlent à ceux qui sont de l'autre côté de toi, ceux qui sont en face, ceux à qui ils ont des choses à dire. Tu es là, et tu n'es pas là. La détresse qui tente de t'étrangler, l'horreur que tu ressens ne leur apparaissent pas, ils ne te voient pas, car ils ne te regardent même pas.
Alors voilà, j'en ai eu assez, ça me faisait du mal et je méritais mieux que cela. Et voilà, j'ai pris la tangeante, je suis allée voir ailleurs, ça a marché, il apparaît dans ma vie ce qui ressemble fort à une vie sociale. Je ne le dois à personne, ni un conjoint, ni une assistante sociale, ni la moindre bonne âme, rien qu'à moi. Moi seule, toujours seule, j'ai poussé la barre et mon bateau a changé de cap. J'ai fait cela pour moi, cela que personne n'avait aidé ou favorisé : je me suis mise dans le monde.


Je n'ai pas vu ce que j'avais laissé dans l'anxiété. Au début, j'étudiais (les Mérovingiens) et n'y pensais donc pas trop, c'était intéressant, ça m'occupait la tête. C'était beau, si exotique, si familier. Et puis il y a eu les gens, les rencontres régulières, d'autres moins fréquentes, mais très intenses, d'autres, moins intenses, plus fréquentes.
Mais entre les gens, je retrouve la même solitude, toujours aussi crasse, et encore plus sordide. Elle m'est devenue insupportable. Impossible de continuer à me gaver de savoir, seules les doses homéopathiques sont tolérées. Mais surtout je ne sais plus rien créer. Le nouvel appareillage auditif, par la grâce du progrès, m'empêche de chanter, car ça provoque des sifflements internes. J'en ai tellement marre de tester de nouveaux réglages depuis décembre que je reste avec ce réglage bancal, qui me fait une voix entre Pavarotti et l'hôtesse de téléphone rose.
Je chante beaucoup moins, je n'écris plus, je ne dessine pas, je ne bricole presque plus, comment veux-tu, dans ce si petit appartement ? Ah, certes, la vaisselle est faite exactement, je cuisine tout, le repassage est fait, recevoir m'aide à maintenir le ménage à peu près régulier. Et je me sens débile. Depuis hier, j'ai l'image d'un type dont le visage fond, mais quant à le dessiner...
Je suis hébétée, stupide, une poule devant un couteau.
Hier, dans Bruges-la-morte de Rodenbach, des métaphores, des analogies formidables. J'en ai été enchantée, j'ai attendu la vague créative qui suis ce genre d'émotion habituellement, elle n'est jamais arrivée. L'émotion bondissante a fait le saut de l'ange dans la mélasse. Interdite, elle s'est abîmée dans le goudron noir.
Qu'est-ce qui m'arrive ? J'ai repensé à d'anciennes peintures désormais pourrissantes dans quelque décharge, ces pataudes tentatives de maîtriser la couleur. Sur la feuille de papier format raisin, s'accotaient les langues de gouache : blanches, grises, vert pâle. Ce fut un échec, je n'avais pas compris le vert-de-gris que je voulais tellement saisir. Je n'ai pas compris comment salir les couleurs, malgré le noir, elles restaient éclatantes, grasses, naïves. Je n'ai pas pu recommencer. L'économie m'a étouffée. il ne fallait pas gaspiller la peinture, le papier, les pinceaux et les feutres. Je n'ai pas pu tester, frotter mes yeux à l'exemple, écorcher ma main sur les ratés de carnets malmenés. La critique vicelarde et perverse m'a empêchée, elle faisait trop mal, autant de pas s'y prêter.
Aujourd'hui, dans mes tiroirs, se tassent les petits carnets séduisants et prétentieux, certains sont toujours vierges, d'autres à peine parsemés de quelques pensées, de quelques poèmes, de plaintes laconiques et exactes. Il ne faut pas gaspiller, n'est-ce pas ? Il ne faut pas gâcher le papier qui coûte si cher. le papier si beau et mes mots si médiocres. Quand j'étais adolescente, je tenais un journal, uniquement dans de vieux cahiers de cours recyclés. Idem pour mes dessins. Rien ne se perd, rien ne se crée, rien ne transforme.
Il ne fallait pas donner à l'ennemi de quoi me ridiculiser. l'ennemi jaloux, empressé, désespéré de ramener à lui, lui, lui ! Cette béance... L'ennemi, ce crevard pathétique et violent, aussi stérile qu'avide, aussi falot que menaçant. Au fond qu'importe, maintenant ? Sa chanson épique ne lui a servi à rien, sa légende ne frappe aucun esprit, il se dandine de sa boursoufflure pataude en se racontant qu'il est Don Quichotte.

Comment ai-je pu à ce point m'étioler, me flétrir jusqu'à me perdre ? Et comment vais-je faire pour retrouver là-haut les princes des nuées qui ne comprennent pas que je ne vole plus avec eux... Les gens, ces gens qui me voient des ailes que je ne sens plus.

Et tu sais, le pire, ce n'est pas de se raboter par crainte, cela au moins est logique et salvateur, du moins pour un temps. Le pire, c'est de se raboter par amour. Pour ne pas faire d'ombre, ou pas trop, pour ne pas accentuer ce vide de l'être par son trop-plein furieux, pour ne pas blesser encore l'ego famélique et vain. On se rabote là, tout calme, tout gentil, on ravale sa colère face aux humiliations incessantes, on reste suffoqué de l'ingratitude, de la voracité, ce n'est jamais assez, jamais étanché. Le parasite grossit, se diversifie, suce à d'autres talents sa propre importance, lui n'est jamais à sec pour faire le récit glorieux de lui-même.
Vertige.

Aujourd'hui, les gens sont différents. Les gens que je fréquente aujourd'hui ne sont pas jaloux, ils sont pleins. Ils sont généreux de sourires, de confiance (et quelle bénédiction d'inspirer la confiance, quel miracle sans fin, sans lassitude...). Ils sont prêts à jouer, à partager, à donner autant qu'à prendre.
Ils.
Sont.
Bienveillants.
Je cherche le piège, l'épine vicelarde, la petite crasse méprisable et efficace : il n'y en a pas. Ils créent, ils s'amusent et j'en suis stupéfaite.
Je suis sonnée.
Ils me disent que les critiques, on s'en fout, viens avec nous, viens !
Et je suis sonnée.
Ils tournoient dans les airs, ils se trompent, mais ils réussissent, ils apprennent avec une intelligence étourdissante, ils me veulent avec eux.
Et je suis sonnée. Stupide. Hagarde.
Pourtant, je ressens leur bonne influence, elle m'a déjà fait du bien. Déjà, avec eux, je me suis sentie parfois comme "avant", avant mes deux ans, quand mon pouvoir était terrible et immense, quand la terreur et la bonté ne m'avaient pas encore complètement étouffée. Quand la compétence était folle et le savoir ridicule.


Est-il possible de faire revivre cela ?
Est-il possible de croire en soi, à nouveau ?
Est-il possible de retrouver la veine créatrice ?
J'ai passé tant de temps sans projets, sans désirs, est-il possible de refaire pousser l'espoir de la réussite, de l'accomplissement ?


Je ne sais pas. J'en suis là. Je ne sais pas.

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